(Jn 7, 37-52; 8,12; Ac 2, 1-11)

Quand une graine est semée, il est nécessaire que la force de la chaleur et de la lumière vienne sur elle afin de lui permettre de grandir.

Quand un arbre est planté, il est nécessaire que la force du vent survienne afin de le consolider.

Quand un maître de maison construit sa demeure, il fait appel à la force de la prière afin que sa maison soit bénie[1].

Le Seigneur Jésus-Christ a semé la graine la plus généreuse sur le champ de ce monde. Il a fallu que la force du Saint-Esprit descende pour que la graine soit réchauffée et illuminée et puisse grandir avec succès.

Le Seigneur Fils a semé sur le champ sauvage de la mort, l’arbre de vie. Il a fallu que le puissant ouragan du Seigneur Esprit souffle pour que l’arbre de vie soit consolidé.

La prééternelle Sagesse infinie de Dieu s’est aménagé des demeures dans des âmes humaines élues. Et il a fallu que l’Esprit fort et lumineux de Dieu descende dans ces demeures et les bénisse.

L’époux divin a choisi Son épouse, l’Église des âmes pures, et il a fallu que l’Esprit de joie éternelle descende, pour lier par l’anneau le ciel et la terre et fasse revêtir la robe nuptiale à l’épouse.

Tout ce qui avait été prédit, s’est accompli ainsi. Le Saint-Esprit avait été promis, et le Saint-Esprit est descendu. Qui aurait pu promettre la descente sur terre de l’Esprit Tout-puissant sinon Celui qui savait que cet Esprit Lui obéirait et descendrait ? Et envers qui l’Esprit Tout-puissant aurait pu montrer une obéissance aussi prompte sinon Celui envers qui II avait un amour parfait ?

Ah, comme l’amour parfait est toujours prêt à faire preuve d’une obéissance parfaite ! Cet amour parfait ne peut s’exprimer complètement autrement que par une obéissance parfaite. De cette obéissance parfaite jaillit, tel un torrent de miel et de lait, une joie parfaite qui constitue la grâce de l’amour.

Le Père éprouve un amour parfait envers le Fils et l’Esprit. Le Fils éprouve un amour parfait envers le Père et l’Esprit. Et l’Esprit éprouve un amour parfait envers le Père et le Fils. C’est à cause de cet amour parfait que le Père éprouve l’obéissance la plus docile envers le Fils et l’Esprit tandis que le Fils éprouve l’obéissance la plus docile envers le Père et l’Esprit et que l’Esprit éprouve l’obéissance la plus docile envers le Père et le Fils. L’amour parfait fait du Père le serviteur parfait du Fils et de l’Esprit, du Fils le serviteur parfait du Père et de l’Esprit, et de l’Esprit le serviteur parfait du Père et du Fils. De même que dans le monde créé aucun amour ne peut être équivalent à l’amour mutuel des hypostases divines, de même aucune obéissance ne peut être équivalente à leur obéissance mutuelle. Je t’ai glorifié sur la terre, en menant à bonne fin l’œuvre que tu m’as donné de faire (Jn 17, 4)… que ta volonté soit faite! (Mt 6,10). Ces paroles ne montrent-elles pas l’obéissance parfaite du Fils à l’égard du Père ?

«Père, je savais que tu m’écoutes toujours», dit le Seigneur Jésus lors de la résurrection de Lazare (Jn 11, 42). Plus tard, Il s’écria: «Père, glorifie ton nom!» Du ciel vint alors une voix: «Je l’ai glorifié et de nouveau je le glorifierai» (Jn 12, 28). Cela ne montre-t-il pas l’obéissance parfaite du Père envers le Fils ? — Cependant je vous dis la vérité: c’est votre intérêt que je parte; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous; mais si je pars, je vous l’enverrai (Jn 16, 7), et je prierai le Père et II vous donnera un autre Paraclet pour qu’il soit avec vous à jamais (Jn 14,16) Lorsque viendra le Paraclet, que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité qui vient du Père, Urne rendra témoignage (Jn 15,26). Et en vérité, le cinquantième jour après la Résurrection, le Paraclet, l’Esprit de vérité est descendu sur ceux auxquels II avait été promis. Cela ne montre-t-il pas l’obéissance parfaite du Saint-Esprit envers le Fils ?

Cette règle salvatrice, que l’apôtre Paul recommande à tous les fidèles : Que l’amour fraternel vous lie d’affection entre vous, chacun regardant les autres comme plus méritants (Rm 12, 10), a été réalisée à la perfection entre les hypostases de la Sainte Trinité. Chaque hypostase s’efforce de rendre d’avantage honneur aux deux autres hypostases plus grandes qu’elle-même; comme chacune d’elles souhaite par son obéissance se rendre plus petite que les deux autres. En l’absence d’un tel effort doux et saint de chacune des hypostases divines pour faire don de Sa dignité aux deux autres et s’amoindrir dans l’obéissance, dans l’amour illimité que chacune d’elles éprouve pour chacune des autres, la trinité divine aurait abouti à une absence de diversité des hypostases.

C’est donc par amour infini du Seigneur Saint-Esprit envers le Seigneur Fils que l’Esprit s’est hâté, avec une obéissance infinie, d’accomplir le souhait du Fils et est descendu au moment déterminé sur les apôtres. Le Seigneur Fils savait avec certitude que le Seigneur Saint-Esprit L’écouterait et c’est pourquoi II a promis avec confiance Sa descente sur les apôtres. Il leur enjoignit de ne pas s’éloigner de Jérusalem, mais d’y attendre ce que le Père avait promis… Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint, qui descendra sur vous (Ac 1, 4; 1, 8), recommanda le Seigneur à Ses apôtres. Ne vous demandez pas comment le Seigneur Jésus savait à l’avance que cette force, celle de l’Esprit Saint, allait descendre sur Ses disciples. Non seulement le Seigneur connaissait cela à l’avance ainsi que tout le reste de ce qui allait se passer jusqu’à la fin des temps, et même après la fin des temps. Mais si vous vous plongez plus profondément dans l’analyse de cet événement, vous verrez que cette anticipation, cette divination du Seigneur sur la descente de l’Esprit, ne représente une anticipation, une divination, que du point de vue extérieur de cet événement, et nullement du point de vue de l’accord de l’Esprit et de Sa volonté à accomplir la volonté du Fils et à descendre. Car avant même que le Seigneur eût annoncé la descente de l’Esprit, Il disposait déjà du consentement fervent et volontaire de l’Esprit à ce sujet. En fait, le Saint- Esprit a parlé par Lui, de Sa descente. Ne dit-on pas en effet dans l’Évangile que Jésus était rempli d’Esprit Saint (Lc 4, 1)? Et le Seigneur Jésus Lui-même n’a-t-Il pas reconnu à Nazareth qu’en Lui s’était accomplie la prophétie d’Isaïe : L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction pour porter la bonne nouvelle aux pauvres (Lc 4, 18)? Il est donc clair que le Fils est en rapport permanent avec le Saint-Esprit comme avec le Père — un rapport d’amour mutuel, d’obéissance et de joie. L’onction de l’Esprit témoigne de la présence vivante et réelle de l’Esprit dans une personne. Ainsi, comment l’Oint pourrait-il parler de l’Esprit Lui-même sans que l’Esprit le sût ? et promettre un concours quelconque de l’Esprit si l’Esprit n’en était pas d’accord à l’avance? Le fait que le Saint-Esprit était présent dans le Seigneur Jésus et qu’il était d’accord avec chaque mot, chaque action et chaque promesse de Jésus, est attesté dans l’évangile de ce jour.

Le dernier jour de la fête, le grand jour, Jésus, debout, s’écria : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et il boira (Jn 7, 37). Il s’agit ici de la fête des Tentes qui était célébrée en automne à la mémoire de l’édification des tentes dans le désert à l’époque de la traversée du désert par les Juifs. Cette fête était célébrée le septième mois selon la numérotation juive, ce qui correspond à notre mois de septembre; c’était une occasion de grande réjouissance (Lv 23, 34; Dt 16, 13-14). Cette fête était célébrée durant sept jours, et la dernière journée, particulièrement solennelle, était appelée grande. Si quelqu’un a soif, dit le Seigneur, qu’il vienne à moi, et il boira. Dans la Jérusalem aride, il était très difficile de donner à boire à la masse innombrable des habitants, même avec de l’eau ordinaire, naturelle. Des porteurs d’eau transportaient de l’eau de la source de Siloé jusqu’aux vasques situées dans le temple. Qu’est-ce qui a poussé le Seigneur à parler de soif et d’eau ?

Peut-être la vue de la population se plaignant de soif; peut-être l’observation du labeur des porteurs d’eau transportant péniblement l’eau de Siloé jusqu’aux hauteurs de Morée où se trouvait le temple ; peut-être aussi le fait que c’était le dernier jour et que le Seigneur voulait utiliser ce moment pour évoquer la soif spirituelle devant les cœurs endurcis de ces hommes et leur proposer une boisson spirituelle. Naguère, le Seigneur avait dit à une femme de Samarie : Qui boira de l’eau que je lui donnerai, n’aura plus jamais soif{ Jn 4, 14). Maintenant II songe à cette même eau spirituelle et vivifiante, en s’adressant à tous ceux qui ont soif : Qu’il vienne à moi, et il boira.

Celui qui croit en moi, selon le mot de l’Ecriture, de son sein couleront des fleuves d’eau vive (Jn 7,3 8). Ilparlait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en Lui; car il n’y avait pas encore d’Esprit, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié (Jn 7,39). Avant tout, le Seigneur engage à croire en Lui. Il n’accorde de récompense qu’à ceux qui croient correctement en Lui, c’est-à-dire selon le mot de l’Ecriture. Il ne veut pas qu’on croie en Lui comme en un prophète. En fait, tous les prophètes ont prédit Sa venue. Il ne veut pas non plus qu’on Le considère comme un deuxième Élie ou Jean Baptiste. Élie et Jean n’étaient que des serviteurs de Dieu et Ses prédécesseurs. Lui-même ne se donne pas le nom de serviteur de Dieu, et ne se considère pas comme le prédécesseur de quiconque. L’Écriture Sainte parle de Lui comme du Fils de Dieu, né de Dieu le Père dans l’éternité et de la Très Sainte Mère de Dieu dans le temps. Quand l’apôtre Pierre eut proclamé sa foi en Lui en disant : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant (Mt 16, 16), Il a loué une telle foi. Quand les chefs populaires et les scribes voulurent L’embarrasser avec diverses questions embrouillées, c’est Lui qui les troubla et les fit taire par une citation de l’Ecriture Sainte selon laquelle le Messie attendu n’était pas seulement fils de David mais aussi le Fils de Dieu (Mt 22, 42-45). Il souhaite qu’on croie en Lui en tant que révélation suprême de Dieu, où aboutissent toutes les révélations précédentes, du commencement jusqu’à la fin. En dehors de Lui, la foi est vaine, l’espérance est vaine et l’amour impossible. Quant au fait que la foi correcte en Lui est salvatrice, ceux qui croient correctement en seront convaincus. Comment en seront-ils convaincus? De leurs corps couleront des fleuves d’eau vive. Le terme d’eau vive correspond au Saint- Esprit, comme l’évangéliste l’explique lui-même : Il parlait de l’Esprit. Par conséquent, celui qui croit dans le Fils de Dieu, verra l’Esprit de Dieu s’établir en lui et des fleuves d’eau vive couleront de son corps. Mais pourquoi de leurs corps ? Parce que dans cette vie, le corps des saints est la demeure du Saint-Esprit, comme le dit l’Apôtre : Ou bien ne savez-vous pas que votre corps est un temple du Saint-Esprit, qui est en vous et que vous tenez de Dieu (1 Co 6, 19)? L’apôtre Paul s’adresse ainsi aux fidèles sur lesquels l’Esprit Saint était déjà descendu à travers leur foi dans le Fils de Dieu. Le corps au sens étroit correspond au cœur humain, centre de la vie physique et spirituelle. L’apôtre Paul dit encore : Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de Son Fils (Ga 4, 6). Et c’est donc à partir du cœur en tant que sanctuaire principal du Saint-Esprit que vont se répandre des courants spirituels salvateurs dans l’ensemble de l’homme, physique et spirituel. La conséquence en sera que le corps du croyant deviendra un outil de l’esprit humain, tandis que l’esprit humain sera un outil du Saint-Esprit. C’est tout l’homme qui sera purifié, illuminé, conforté et immortalisé par ces courants du Seigneur Esprit, de sorte que toutes ses pensées, tout son amour et toutes ses actions seront orientés vers la vie éternelle. Les courants de sa vie se déverseront dans l’éternité et les courants de l’éternité se déverseront dans sa vie.

Mais au moment où le Seigneur Jésus s’exprimait ainsi, il n’y avait pas encore d’Esprit, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié. Cela signifie que le Saint-Esprit n’était pas encore parmi les fidèles, tandis qu’il était en Jésus. Le Saint-Esprit n’avait pas encore commencé dans Sa plénitude et avec toute Sa force, Son action dans le monde. Car le

Seigneur Jésus n’avait pas encore été glorifié, Il ne s’était pas encore sacrifié totalement pour le genre humain, Il n’avait pas encore achevé Son œuvre comme Sauveur des hommes. Dans l’économie du salut humain, le Père possède la plénitude de l’action dans le monde, quand II envoie Son Fils œuvrer au salut des hommes. Le Fils possède la plénitude de l’action en accomplissant cette œuvre comme Dieu-homme, tandis que le Saint-Esprit possède la plénitude de l’action en consolidant, illuminant et prolongeant l’œuvre du Fils. Mais il ne faut pas comprendre cela comme si, quand le Père est à l’œuvre, le Fils et l’Esprit ne le sont pas ; ou quand le Fils est à l’œuvre, le Père et le Fils ne le sont pas ; ou quand l’Esprit est à l’œuvre, le Père et le Fils ne le sont pas. Des conceptions aussi mauvaises et folles doivent vous être étrangères. En effet, alors que le Fils était dans la plénitude de Son action sur terre, le Père et le Fils agissaient avec Lui, comme cela a été démontré lors du baptême dans le Jourdain et comme le Seigneur Jésus l’a dit Lui-même: Mon Père est à l’œuvre jusqu’à présent et j’œuvre moi aussi (Jn 5, 17). Le Père et le Fils agissent donc ensemble et simultanément. De même, le Saint-Esprit agit aux côtés et simultanément avec le Fils, comme le montre la promesse du Seigneur Jésus qu’il enverra l’Esprit consolateur aux disciples et qu’il restera avec eux pour toujours jusqu’à la fin de l’âge (Mt 28, 20). La Divinité Trinitaire est une par essence et indivise, mais dans Son rapport avec le monde créé, Elle exprime Son action tantôt plus nettement à travers une hypostase divine, tantôt plus nettement à travers une autre. Ainsi, lorsque le Seigneur Jésus a promis la descente du Saint-Esprit sur les apôtres, le Saint-Esprit était en Lui, de sorte qu’on peut dire que cette promesse est venue autant du Seigneur Fils que du Seigneur Saint-Esprit Lui-même.

Voyons maintenant comment cette promesse s’est réalisée, ou comment s’est produite la descente du Seigneur Saint-Esprit à laquelle nous consacrons cette célébration solennelle.

Le jour de la Pentecôte étant arrivé, ils (les apôtres) se trouvaient tous ensemble dans un même lieu (Ac 2, 1). Selon le commandement de leur Maître, les apôtres se trouvaient à Jérusalem et attendaient d’être revêtus de la force d’en-haut (Lc 24, 49) qui leur indiquerait ce qu’il fallait qu’ils fassent par la suite. Ils se trouvaient tous ensemble, en prière, comme un seul homme, une seule âme. Le contenu de l’âme rend les âmes humaines différentes ou semblables : mais le contenu de l’âme de tous les apôtres en cet instant était unique et identique : leurs âmes étaient toutes entières dans la glorification de Dieu pour ce qui setait passé et dans l’attente de ce qui allait se passer.

Tout à coup vint du ciel un bruit tel que celui d’un violent coup de vent, qui remplit toute la maison où ils se tenaient. Ils virent apparaître des langues qu’on eût dites de feu; elles se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent alors remplis de l’Esprit Saint (Ac 2, 2-4). Quel est ce bruit? Ne serait-ce pas le bruit des armées des anges? Ne serait-ce pas le bruit des ailes des chérubins qu’avait entendu le prophète Ezéchiel (Ez 1, 24)? Quel qu’il fut, ce bruit ne vient pas de la terre mais du ciel, il n’est pas le fait de vents terrestres mais de la force céleste. Ce bruit annonce la descente du Roi céleste, le Seigneur Esprit consolateur. L’Esprit n’est pas un feu, de même qu’il n’est pas une colombe. Mais II est apparu sur le Jourdain comme une colombe (Mt 3, 16) et II se manifeste maintenant comme le feu\ là-bas II signifiait l’innocence et la pureté du Seigneur Jésus sur lequel II s’était posé, ici II signifie la force, la chaleur et la lumière du feu, une force qui consume le péché, une chaleur qui réchauffe le cœur, une lumière qui éclaire l’esprit. L’Esprit est incorporel, Il ne s’incarne dans aucun corps, mais II se manifeste en cas de besoin sous des formes matérielles qui symbolisent le mieux la portée du moment. Pourquoi dans ce cas-ci, l’Esprit est-il apparu sous la forme de langues de feu qui se partageaient, de façon qu’une langue de feu se pose sur chacun des apôtres? L’explication se trouve dans le passage qui suit immédiatement: ils commencèrent à parler en d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer (Ac 2, 4). On voit ainsi pourquoi le Seigneur Esprit était apparu sous la forme de langues qui se partageaient. Le premier effet de cette manifestation fut que les apôtres furent en mesure de parler en d’autres langues, ce qui montre clairement que dès le commencement de l’Église du Christ, Son Évangile salvateur était destiné à tous les peuples de la terre, comme le Seigneur l’avait ordonné après Sa Résurrection à Ses apôtres : Allez donc, de toutes les nations faites des disciples (Mt 28, 20). Comme les Juifs, peuple élu, avaient rejeté le Seigneur et L’avaient crucifié, le Seigneur victorieux fit alors pour Lui un nouveau choix, celui de tous les peuples de la terre ; ainsi fut créé un nouveau peuple élu, doté non d’une langue mais d’un esprit, le peuple des saints ou Eglise de Dieu. Comment les apôtres du Christ auraient-ils pu aller à la rencontre de tous les peuples et enseigner à toutes les nations, s’ils n’avaient pas connu les langues de ces peuples ? Le premier pouvoir nécessaire à ces premiers missionnaires de l’Evangile afin de commencer leur mission, c’était celui de comprendre et de parler des langues étrangères. Hommes simples, ils ne connaissaient que leur langue maternelle, la langue juive, et aucune autre. S’ils avaient dû apprendre nombre d’autres langues selon des méthodes ordinaires, quand auraient-ils pu le faire ? Au cours de toute une vie, ils auraient été incapables d’apprendre autant que l’Esprit Saint leur avait enseigné en un instant. Songez seulement à la multiplicité des origines nationales parlant différentes langues, qui étaient alors rassemblées à Jérusalem : Parthes, Mèdes et Elamites, habitants de Mésopotamie, de Judée et de Cappadoce, du Pont et d’Asie, de Phrygie et de Pamphylie, d’Egypte et de cette partie de la Libye qui est proche de Cyrène, Romains en résidence, Crétois et Arabes (Ac 2, 9-11) ! Chacun les entendait parler en son propre idiome. Ils étaient stupéfaits et tout étonnés (Ac 2, 6-7). Ils voyaient devant eux des hommes ordinaires, au comportement ordinaire, à l’aspect et à la tenue ordinaires et chacun entendait la glorification de Dieu dans sa propre langue. Comment ne seraient-ils pas émerveillés ? Comment ne seraient- ils pas étonnés ? Certains, faute de pouvoir expliquer toute cette affaire, se mirent à dire que les apôtres étaient pleins de vin doux (Ac 2, 13). C’est ce qui se produit souvent: les ivrognes ont l’impression que ceux qui sont sobres sont ivres, et pour les insensés les hommes raisonnables paraissent déments. Ceux qui étaient unis à la terre et enivrés par elle, pouvaient-ils considérer autrement des hommes remplis de l’Esprit Saint et qui, comme tels, disaient ce que l’Esprit les poussait à dire ? Des hommes habitués à la routine n’aiment pas les surprises et quand des surprises surviennent, ils les affrontent soit avec colère soit avec moquerie. Mais le Saint-Esprit ne se comporte pas en homme agressif, qui force la porte d’une maison étrangère. Il entre là où la porte de la maison s’ouvre volontairement pour Lui et où II est accueilli en hôte très cher et très attendu. Les apôtres L’attendaient avec ferveur et II descendit sur eux et s’établit en eux. Il ne descendit pas sur eux dans un bruit de menace, mais dans une clameur de joie.

Frères, comme l’Esprit Saint éprouve une joie indicible quand II rencontre des âmes pures et ouvertes, qui sont en quête de Lui! C’est dans une clameur joyeuse qu’il s’installe en eux et leur accorde Ses dons précieux. Comme un feu, Il entre en eux pour y consumer les derniers germes du péché ; comme une lumière, Il vient les illuminer d’un éclat céleste ; comme une chaleur, Il vient les réchauffer avec la chaleur divine de l’amour, où se réchauffent les immortelles armées des anges dans le Royaume de Dieu. Comme le dit saint Syméon le Nouveau Théologien :

« De même qu’une lampe, bien que pleine d’huile et dotée d’une mèche, devient toute sombre si on ne la ranime pas avec du feu, de même l’âme s’éteint et s’assombrit ‘si elle n’est pas touchée par la lumière et la grâce du Saint-Esprit. » Avec le don des langues II a accordé aux apôtres le don qui leur était le plus précieux à cette époque. Plus tard II allait, pour les besoins du service apostolique, répandre en eux d’autres dons : le don de faire des miracles, le don de prophétie, le don de sagesse, le don d’éloquence, le don d’endurer les souffrances, le don de la paix intérieure, le don de la certitude de la foi et de l’espérance, le don de l’amour de Dieu et celui d’aimer les hommes. Abondamment et joyeusement, le Saint-Esprit a attribué de tels dons non seulement aux apôtres mais aussi à tous les saints de l’Eglise du Christ jusqu’à nos jours, toujours selon les besoins et la pureté de l’homme. Par Sa grande œuvre sur terre, le Seigneur Jésus a apporté une grande joie au Père et au Saint-Esprit. Depuis les premiers jours d’Adam, le Saint-Esprit n’avait pas eu de joie comparable à celle qu’il a eue le jour de la Pentecôte, quand le Seigneur Fils a rendu possible que la plénitude de Sa puissance fut à l’œuvre parmi les hommes. En vérité, Son action s’est poursuivie sans interruption dans le genre humain, même enchaîné par le péché, depuis la chute d’Adam jusqu’au Christ ressuscité, mais cette action était alors comprimée, empêchée par le péché des hommes. C’est un chemin étroit, très étroit, qu’il a suivi parmi les hommes, versant de l’huile dans la veilleuse de la vie pour quelle ne s’éteignît pas tout à fait. Il a agi aussi à travers les lois de la nature et les lois des hommes, à travers les prophètes et les rois, les artistes et les sages, dans la mesure où ces derniers pouvaient et voulaient tenir compte de Son action. Chaque fois que dans la poussière terrestre une larme a été versée dans l’attente de la justice divine, cela était le fait de la chaleur avec laquelle II a réchauffé le cœur humain. Chaque fois qu’a jailli une pensée lumineuse d’un sage sur le Dieu unique et immortel, c’était une étincelle déposée dans l’âme humaine. Chaque fois qu’un artiste a chanté, sculpté ou peint une belle œuvre, contribuant ainsi quelque peu à ouvrir les yeux de l’humanité aveuglée sur la vérité divine, Il a ajouté Son souffle vivifiant au souffle humain. Chaque fois qu’un preux chevalier s’est dressé, avec la foi en Dieu et l’esprit de sacrifice, pour la défense de la justice et de la vérité bafouées, Il a insufflé Sa force dans le cœur humain. Mais cela était sans grande portée et sans grande joie. Ce n’étaient que des miettes jetées aux prisonniers affamés dans les cachots. Quand le Seigneur Jésus a détruit la prison du péché et de la mort et conduit devant le Saint-Esprit Ses douze apôtres, tels douze demeures royales lumineuses, alors le Seigneur Esprit s’est établi en eux dans une clameur joyeuse et dans la plénitude de Son action. Pour la première fois, le Seigneur Saint-Esprit plongé dans le chagrin depuis le péché d’Adam, commença de nouveau, dans un grand souffle, un grand élan et une grande joie, à répandre Son action puissante et inspirée parmi les hommes.

Mais prenons un exemple pour mieux nous faire comprendre. Le soleil brille en été comme au printemps. Mais sa lumière et sa chaleur ne sont pas en mesure, en hiver, de faire pousser quoi que ce soit de la neige. Au printemps en revanche, la même lumière et la même chaleur du soleil permettent de faire surgir de terre et de faire croître toutes les graines qui ont été semées. Les savants affirment que la terre en hiver est inclinée par rapport au soleil, que les contrées enneigées se tiennent éloignées du soleil et qu’elles captent la lumière solaire à travers des rayons inclinés et non verticaux. Au printemps la terre est inclinée vers le soleil, les contrées enneigées se rapprochent du soleil, et la lumière et la chaleur solaires descendent à travers des rayons plus verticaux. Depuis Adam jusqu’au Christ, l’âme humaine était comme la terre à l’époque hivernale. Le Saint-Esprit éclairait et réchauffait, mais à cause de la distorsion pécheresse de l’âme humaine et de son éloignement de Dieu, l’âme humaine était comme gelée, et nul fruit ne pouvait en sortir et mûrir. Le Seigneur Jésus a redressé l’âme humaine et l’a rapprochée de Dieu, Il l’a purifiée du gel et de la neige, Il l’a préparée et y a semé une graine divine. Alors le Saint-Esprit a commencé, comme le soleil au printemps, à faire pousser avec Sa force et à montrer des fruits beaux et agréables sur le champ de l’âme humaine. Jamais l’hiver ne peut imaginer tous les prodiges dont le printemps orne la terre. De même les hommes, inclinés de côté par rapport au Saint-Esprit, vivant avec une âme recouverte par le gel et la neige de leurs propres aveuglements, ne pourront jamais imaginer les dons prodigieux dont le Saint-Esprit gratifie les hommes qui se rapprochent de Lui pour se tenir sous les rayons verticaux de Sa lumière et de Sa chaleur divines. Comment un Esquimau qui a vu le jour et passé toute son existence dans la glace et la neige pourrait-il prêter foi au récit d’un voyageur venu des contrées du sud et évoquant les fleurs et les arbres, les prairies chatoyantes et les montagnes vertes ?

Ainsi, des hommes venus d’une terre éloignée de Dieu, gelée et obscurcie par le péché, ne prêtèrent pas foi aux apôtres quand ces derniers se mirent à leur annoncer la nouvelle joyeuse du Dieu vivant dans les deux, du Père qui appelle à Lui tous ceux qui souhaitent être appelés

Ses fils ; la nouvelle du Fils de Dieu qui est venu au monde comme un homme, a vécu avec les hommes, qui a souffert pour les hommes, qui est ressuscité dans Sa puissance et s’est élevé dans la gloire ; la nouvelle du Saint-Esprit qui est descendu sur eux et les a gratifiés de dons célestes ; de notre demeure lumineuse et immortelle dans les deux, dont seul le péché nous a éloignés ; de la pureté de la vie, qui nous est demandée afin de pouvoir revenir dans notre demeure céleste et devenir des amis et des frères des anges dans la vie éternelle. Certains ont cru à cette nouvelle joyeuse, d’autres n’y ont pas cru. Des apôtres de Dieu, se sont écoulés des fleuves d’eau vive à travers le monde entier. Certains s’en sont approchés et ont bu cette eau vive, d’autres ne l’ont pas fait. Les apôtres ont cheminé parmi les hommes comme des dieux, faisant des miracles, guérissant toute maladie et toute infirmité et prêchant le repentir et le pardon des péchés. Certains les ont accueillis avec joie, d’autres les ont repoussés avec fureur et dénigrement. Ceux qui les ont accueillis ont ressenti eux-mêmes leur union avec le Saint-Esprit et l’action du Saint-Esprit en eux. C’est ainsi que s’est développé le peuple des saints et que l’Église de Dieu s’est répandue et consolidée dans le monde. C’est ainsi que la graine a poussé et que le fruit a mûri. C’est ainsi que la demeure de la vérité, dont le Seigneur Jésus est la pierre angulaire, a été sanctifiée par le Saint-Esprit, se répandant aux quatre coins du monde et s’élevant en ses sommets jusqu’aux hauteurs célestes suprêmes.

En célébrant aujourd’hui la fête du Saint-Esprit qui, par amour infini envers le Seigneur Fils et avec une joie et une obéissance infinies, a bien voulu descendre sur terre et prendre entre Ses mains toutes puissantes l’œuvre du salut humain, souvenons-nous aussi dans nos chants de reconnaissance, de la Très Sainte Vierge Marie sur laquelle le Seigneur Saint- Esprit est descendu avant de descendre sur les apôtres. Sur les apôtres, le Seigneur Saint-Esprit est descendu en tant qu’Église, une assemblée de saints spirituellement à l’unisson, alors qu’il est descendu sur la Mère de Dieu en tant que personne tout particulièrement choisie. L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous Son ombre a dit l’archange Gabriel à la Très Sainte Vierge (Lc 1, 35), et par la force du Saint-Esprit elle fit naître le fruit le plus beau, qui a parfumé le ciel et la terre et dont se nourrissent tous les croyants, du début à la fin. Très Sainte et Très Pure Mère de Dieu, aube et berceau de notre salut, qui es notre modèle dans l’humilité et l’obéissance, notre protectrice en prière devant le trône de Dieu, prie sans cesse pour nous, aux côtés des saints apôtres !

Roi céleste, Consolateur, Esprit de vérité, viens jusqu’à nous, établis-Toi en nous et demeure en nous comme force, lumière et chaleur, comme notre vie et notre joie ! Purifie-nous de toutes les infirmités et sauve, ô Très Doux, nos âmes! Remplis nos cœurs de joie et nos gorges de chants, afin que nous Te célébrions et glorifions avec le Père et le Fils, Trinité unique et indissociable, maintenant et toujours, de tout temps et de toute éternité. Amen.

 

 

 

 

 

 

[1] Il est d’usage que les fidèles orthodoxes, quand ils intègrent une nouvelle demeure, fassent appel au prêtre pour la bénir (NdE).