(Lc 5,1-11)

Dieu est le donateur de tous les dons. Chaque don de Dieu est parfait, si parfait qu’il conduit les hommes à s’en étonner. Un miracle n’est rien d’autre qu’un don de Dieu dont les hommes s’étonnent. Les hommes s’étonnent des dons de Dieu à cause de la perfection de ces dons. Si les hommes se trouvaient dans la pureté et l’absence de péché du paradis, ils n’attendraient pas que Dieu ressuscite les morts, procède à la multiplication des pains ou remplisse des filets de poissons, pour dire : voilà des miracles ! Pour toute chose créée par Dieu, pour toute heure et tout moment de leur vie, ils diraient : voilà des miracles ! Mais comme le péché est devenu une habitude pour les hommes, tous les miracles innombrables de Dieu dans le monde sont devenus une morne habitude pour l’homme. Mais pour que cette habitude n’entraîne pas l’homme à être hébété, tel un animal, Dieu, dans Sa miséricorde, donne à l’humanité malade d’autres miracles, dans le seul but de réveiller l’homme et de le dégriser de l’habitude morne et funeste pour l’âme de l’accoutumance aux miracles comme aux non-miracles.

Par chacun de Ses miracles, Dieu souhaite d’abord avertir les hommes qu’il veille sur le monde et qu’il le dirige selon Sa volonté toute-puissante et Sa sagesse ; ensuite, que les hommes ne peuvent accomplir rien de bien sans Lui.

Aucun travail ne réussit sans l’aide de Dieu. Aucune moisson ne produit de récolte sans la bénédiction de Dieu. Toute la sagesse des hommes, si elle est dirigée contre la Loi de Dieu, ne sera pas en mesure d’avoir de bons résultats ; si elle a l’air d’évoluer favorablement pendant quelque temps, il ne s’agit en fait que de la bienveillance de Dieu qui n’abandonne pas pendant quelque temps, même les adversaires les plus acharnés de Dieu. Car Dieu est ami-des-hommes ; Il ne cherche pas à se venger tout de suite, mais patiente longtemps et attend le repentir. Car Il souhaite que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître la Vérité.

Grisé par son habitude à vivre dans ce monde, l’homme s’imagine parfois être capable de faire quelque chose de valable en dehors de Dieu, voire même à l’encontre de Dieu et de Sa Loi. Dans sa griserie, cet homme a parfois l’impression qu’il peut faire de lui-même un homme bon, ou riche, ou sage, ou célèbre. Mais cette griserie le conduit rapidement au désespoir, ce qui le rend plus sage et le ramène dégrisé à Dieu, ou bien l’emporte dans le tourbillon boueux du monde jusqu’à ce qu’il perde complètement sa dignité d’homme et, telle une ombre, se livre entièrement aux forces maléfiques invisibles. Mais celui qui observe ce monde comme un miracle frémissant de Dieu, et se considère comme un miracle parmi les miracles, s’interroge sans cesse sur les voies de la Providence dans les méandres de la suite immense et admirable des miracles. Il pourra ainsi parler comme l’apôtre Paul: Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé; mais c’est Dieu qui donnait la croissance. Ainsi donc ni celui qui plante n’est quelque chose, ni celui qui arrose, mais celui qui donne la croissance: Dieu (1 Co 3, 6-7). La même pensée s’exprime dans le dicton qu’on trouve chez de nombreux peuples : l’homme propose, mais Dieu dispose. L’homme propose des plans, mais Dieu accepte ou refuse. L’homme propose des réflexions, des paroles et des travaux, mais Dieu adopte ou non. Qu’est-ce que Dieu adopte? Ce qui est à Lui, ce qui vient de Lui. Tout ce qui n’est pas de Lui, ne vient pas de Lui ou ne Lui ressemble pas, Dieu le rejette. Si le Seigneur ne bâtit pas la maison, en vain peinent les bâtisseurs (Ps 126, 1). Si les maçons construisent au nom de Dieu, ils bâtiront un palais, leurs bras fussent-ils fluets et la construction pauvre. Mais si les maçons construisent en leur nom propre, à l’encontre de Dieu, leur travail sera dispersé à l’image de la tour de Babel.

La tour de Babel n’a pas été la seule tour à sombrer au cours de l’histoire ; il en fut de même pour un grand nombre de tours construites par des conquérants dans le but de rassembler tous les peuples sous un toit, le leur, et sous un pouvoir, le leur. Sont également tombées en poussière d’innombrables tours bâties sur la richesse, la gloire et la célébrité, que des hommes ont voulu construire avec la volonté de régner sur les créations divines ou les hommes de Dieu, et d’être ainsi de petits dieux. Mais ce qui fut construit par les Apôtres, les saints et d’autres hommes agréables

à Dieu, n’a pas été détruit. D’innombrables empires humains, créés par vanité humaine, se sont dissous et ont disparu comme des ombres, mais l’Eglise des apôtres est encore debout aujourd’hui et restera ainsi, même sur les tombes de nombreux empires actuels. Les palais des empereurs romains qui ont lutté contre l’Eglise gisent en poussière, tandis que les grottes et les catacombes chrétiennes souterraines existent encore aujourd’hui. Des centaines d’empereurs et de rois ont régné en Syrie, en Palestine et en Egypte; de leurs palais de marbre on n’a conservé que quelques plaques brisées dans des musées, tandis que les monastères et les ermitages que les moines et les ascètes ont construit à cette époque dans des gorges ou dans des déserts de sable, existent toujours, et c’est là, sans interruption depuis quinze ou dix-sept siècles, que des prières s’élèvent vers Dieu, au milieu des parfums d’encens. Il n’existe pas de force en mesure de détruire l’œuvre de Dieu. Tandis que des païens détruisent des palais et des villes, la cabane de Dieu tient toujours. Ce que Dieu soutient avec le doigt, tient plus fermement que ce que le monde entier soutient avec le dos. Afin qu’aucune créature ne puisse s’enorgueillir devant Dieu (1 Co 1,29). Car toutes les créatures sont comme l’herbe qui attend que ses jours soient comptés et qu’elle soit transformée en cendres. Que le Seigneur tout-puissant nous préserve même de songer que nous puissions faire quelque chose de bien sans Son aide et Sa bénédiction! Que l’évangile de ce jour nous serve d’avertissement, et qu’une telle idée orgueilleuse ne s’installe jamais dans notre âme. Car l’évangile de ce jour évoque précisément la vanité de tous les efforts des hommes si Dieu n’aide pas.Tant que les apôtres du Christ essayaient de pêcher du poisson par eux-mêmes, ils ne prirent rien ; mais quand le Christ commanda de remettre les filets de pêche dans l’eau, il y eut tant de poissons pêchés que les filets se déchirèrent.

Voici ce que raconte ce récit: Le Christ se tenait au bord du lac de Gennésareth. Il vit deux barques qui se trouvaient au bord du lac; les pêcheurs qui en étaient descendus lavaient leurs filets. Il monta dans l’une des barques qui appartenait à Simon, et demanda à celui-ci de quitter le rivage et d’avancer un peu; puis II s’assit et, de la barque, Il enseignait les foules (Lc 5, 1-3). Cela se passait à un moment où une foule imposante était accourue pour écouter la parole de Dieu de la bouche du Christ. Pour que tous Le voient et L’entendent, Il ne pouvait pas choisir d’endroit meilleur qu’une barque de pêcheur. Or, deux barques se trouvaient au bord du rivage et les pêcheurs étaient occupés à laver les filets. Ces barques n’étaient que de simples bateaux de pêcheurs avec une voile, comme on en utilise encore aujourd’hui sur le lac de Gennésareth. La barque où le Seigneur avait pris place appartenait à un pêcheur nommé Simon, qui deviendra l’apôtre Pierre. Le Seigneur demanda donc à Simon d’éloigner un peu la barque du rivage et quand Simon l’eut fait, Il s’assit et commença à instruire le peuple.

Quand Il eut cessé de parler; Il dit à Simon : «Avance en eau profonde, et lâchez vos filets pour la pêche» (Lc 5, 4). En montant dans la barque, le Seigneur avait plusieurs objectifs qu’il voulait atteindre. D’abord, dans la barque, Il Lui était plus facile d’instruire le peuple et de lui être utile en nourrissant son âme avec Son doux enseignement. En deuxième lieu, sachant que les pêcheurs étaient préoccupés et affligés de n’avoir rien pris cette nuit-là, Il voulut les consoler avec une pêche abondante et donner ainsi satisfaction à leurs besoins physiques et autres. Car Dieu veille sur notre corps comme sur notre âme. A toute chair II donne le pain (Ps 136,25). En troisième lieu, le Seigneur voulut nourrir l’âme de Ses élus, par la foi en Lui, en Sa Toute-puissance et Sa toute-miséricorde. Enfin, c’est le plus important, le Seigneur a voulu montrer de façon évidente à Ses disciples, et par eux à nous tous, qu’avec Lui et par Lui tout est possible aux croyants, de même que tous les efforts humains accomplis sans Lui sont sans résultat, comme étaient vides les filets des pêcheurs qui avaient pêché toute la nuit et n’avaient rien pêché. Après avoir donc atteint son but d’instruire le peuple, Il poursuit maintenant un second objectif. Aussi ordonne-t-Il à Simon d’avancer en eau profonde et de relâcher les filets.

Simon répondit: «Maître, nous avons peiné toute une nuit sans rien prendre, mais sur ta parole je vais lâcher les filets. » Et l’ayant fait, ils capturèrent une grande multitude de poissons, et leurs filets se rompaient. Ils firent signe alors à leurs associés qui étaient dans l’autre barque de venir à leur aide. Ils vinrent, et l’on remplit les deux barques, au point quelles enfonçaient (Lc 5,5-7). Simon ignore encore qui est le Christ; il L’appelle seulement «maître», et Lui marque son respect comme nombre d’autres l’avaient fait. Mais il est encore loin de croire que le Christ est Fils de Dieu et Seigneur. Il commence par se plaindre auprès de Lui en disant qu’ils avaient peiné toute la nuit sans rien prendre. Puis, par respect envers le Christ, bon et sage maître, il accepte de suivre Son conseil et de relâcher ses filets. Dieu ne récompense jamais le labeur des hommes autant qu’il récompense un cœur obéissant. L’obéissance cordiale de Pierre est apparue d’autant plus grande qu’il a aussitôt suivi le conseil du Christ,

bien qu’il fiât probablement très fatigué, en quête de sommeil, les vêtements trempés et de mauvaise humeur, après les efforts inutiles déployés toute la nuit. C’est pourquoi son obéissance fut rapidement récompensée par la grâce du Christ et la soumission des poissons. Car c’est Celui qui a créé les poissons, qui leur a donné l’ordre, à travers le Saint-Esprit, de se rassembler et de remplir les filets. Les poissons sont sans voix, aussi le Seigneur ne leur donne pas d’ordre vocal pour entrer dans les filets, comme Il avait ordonné par la voix au vent tumultueux de s’arrêter et à la mer déchaînée de se calmer. Ce n’est donc pas par la voix et la parole mais par la force du Seigneur que les poissons se sont dirigés vers l’endroit prévu pour cela. Ayant rassemblé autant de poissons, le Seigneur récompensa abondamment les efforts de toute une nuit des pêcheurs, chassa leurs soucis et donna satisfaction à leurs besoins apparents. Il atteignit ainsi le second objectif de cette journée. En voyant une telle quantité de poissons, comme il n’en avait jamais vu, Simon et un autre pêcheur placé près de lui, firent signe à leurs camarades de l’autre barque de se rapprocher. Et alors, non seulement la barque de Simon fut remplie de poissons, mais il en fut de même avec la barque de ses camarades Jacques et Jean, au point que les barques faillirent s’enfoncer sous le poids énorme des poissons. Il est probable d’ailleurs qu’elles auraient coulé si le Seigneur n’avait pas été présent.

A cette vue, Simon-Pierre se jeta aux genoux de Jésus, en disant: « Eloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur!» La frayeur en effet l’avait envahi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, à cause du coup de filet qu’ils venaient de faire ;pareillement Jacques et Jean, fils de Zébédée, les compagnons de Simon (Lc 5, 8-10). Effrayé par une scène jamais vue, Simon se jette aux genoux de Jésus. Il n’a pas douté un instant qu’une telle pêche était due à la présence de Jésus dans la barque, et non à son propre labeur. Cet événement bouleverse tellement l’âme de Simon qu’il n’appelle plus le Christ «maître» mais «Seigneur». En effet, si des hommes peuvent être des maîtres, le Seigneur est unique. En entendant le Christ transmettre, depuis la barque, Son sage enseignement au peuple, Simon L’appelle Seigneur. Vous voyez comme les actes sont plus importants que les mots. Nous aussi, si nous prononçons des paroles élégantes, les hommes diront que nous sommes des gens instruits, mais ce n’est qu’en démontrant par des actes ce dont nous parlons qu’on nous appellera hommes de Dieu. Il est probable que Simon, en écoutant les paroles du Christ, pensait en son cœur: comme il parle bien et sagement! L’ayant discerné, Celui qui voit

dans tous les cœurs et les choses fit avancer Simon en eau profonde afin de lui montrer qu’il met en œuvre ce dont II parle.

Mais écoutez ce que Simon dit au Seigneur ! Au lieu de Lui exprimer sa reconnaissance pour un tel don et son émerveillement devant ce miracle, il dit: Eloigne-toi de moi! Mais les Gadaréniens n’avaient-ils pas prié le Christ de s’éloigner deux, après qu’il eut guéri un possédé? Oui, mais pas pour les mêmes motifs que Pierre. Les Gadaréniens chassaient le Christ de façon intéressée, car ils étaient tristes d’avoir perdu les porcs qui avaient péri dans les flots avec les démons que le Seigneur avait expulsés du corps humain. Pierre, lui, dit : je suis un homme pécheur ! C’est parce qu’il est conscient de son état de pécheur et de son indignité qu’il supplie le Seigneur de s’éloigner de lui. Ce sentiment de son propre état de pécheur en présence de Dieu constitue la pierre précieuse de l’âme. Le Seigneur l’estime plus que tous les chants formels d’émerveillement et de gratitude. Car si l’homme chante de nombreuses hymnes d’émerveillement et de gratitude à l’intention de Dieu sans avoir le sentiment de son état de pécheur, tout cela ne lui sert à rien. C’est le sentiment d’être pécheur qui conduit au repentir, au repentir devant le Christ, et le Christ mène à la régénération. Le sentiment d’être pécheur marque le début du chemin du salut. Après avoir longtemps erré sur des chemins de traverse, il ne reste plus qu’à suivre ce chemin et ne plus en dévier, ni à gauche ni à droite. À quoi a servi la prière du pharisien qui pensait louer Dieu en faisant son propre éloge dans l’église ? Il n’eut aucune excuse devant Dieu, à l’inverse du publicain qui se frappait la poitrine en implorant Dieu: Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis! (Lc 18, 13). C’était là le début de l’apprentissage de Pierre dans la foi en Christ. Le temps viendra où il s’adressera tout à fait différemment au Seigneur. Le temps viendra où nombre de disciples du Christ s’éloigneront du Christ et où Pierre dira au Seigneur: «Seigneur, à qui irons-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle» (Jn 6, 68). Maintenant, au début, effrayé par la puissance du Seigneur, il Lui dit: Eloigne-toi de moi!

Pierre ne fut pas seul à être effrayé ; il en fut de même de ses compagnons, Jacques et Jean, fils de Zébédée, ainsi que de tous ceux qui étaient avec eux. Tous commencèrent à être effrayés par le Seigneur et finirent par L’aimer, conformément à ce qui est écrit : La crainte du Seigneur est le principe du savoir (Pr 1,7).

A la frayeur de Pierre, à son agenouillement et à son cri, répond le doux Seigneur plein de discernement: Sois sans crainte! Désormais ce sont des hommes que tu prendras» (Lc 5, 10). Cela signifie que ce monde est une mer de passions, que l’Eglise est une barque et que l’Evangile est le filet destiné à pêcher les hommes. Tu ne pourras rien faire sans moi, dit le Seigneur à Pierre, de même que la nuit dernière, tu n’as rien pu prendre ; mais avec moi, tu auras tellement de poissons que la barque sera toujours archi-pleine. Sois toujours obéissant comme tu l’as été aujourd’hui et tu n’auras à craindre aucune eau profonde et tu ne reviendras jamais sans rien de la pêche.

Et ramenant les barques à terre, laissant tout, ils Le suivirent (Lc 5,11). Ils laissèrent les barques, c’était à d’autres d’en faire ce qu’ils voulaient. En outre, Pierre laissa sa maison et sa femme, tandis que Jacques et Jean laissaient leur père. Et ils partirent avec Lui. De quoi avaient-ils à se soucier? Ne s’étaient-ils pas souciés et n’avaient-ils travaillé toute la nuit en vain ? Celui qui est capable de tout créer sans effort, était capable de les nourrir, eux et leurs proches. Celui qui donne à l’herbe des champs une tenue plus belle que les parures du roi Salomon, prendra aussi soin de leur tenue. La nourriture et le vêtement, c’est ce qui importe le moins. Mais le Seigneur les invite à aller vers ce qui est le plus haut, vers le Royaume de Dieu. S’il est en mesure de leur donner ce qui est le plus élevé, comment ne leur procurerait-Il pas ce qui est le moins important? L’apôtre Pierre a écrit plus tard : de toute votre inquiétude déchargez-vous sur Lui, car II a soin de vous (1 P 5, 7). Enfin, si les poissons dans l’eau, sourds et muets, Lui obéissent, comment les hommes, créatures conscientes, ne Lui obéiraient-ils pas ?

Cependant, tout ce récit comporte un sens profond caché. La barque désigne le corps ; les filets qui se déchirent représentent l’esprit ancien chez l’homme, l’eau profonde correspond à la profondeur de l’âme humaine. Quand le Seigneur vivant s’installe chez un homme obéissant, alors cet homme se détache du rivage de ce monde matériel, et s’éloigne des eaux sensorielles peu profondes pour aller vers les profondeurs spirituelles. Dans ces profondeurs, le Seigneur lui révèle la richesse infinie de Ses dons, que l’homme a recherchés en vain de toutes ses forces tout au long de la nuit de son existence. Mais ces dons sont tellement énormes que l’esprit ancien ne peut les retenir et qu’il se déchire à leur contact. C’est pourquoi le Seigneur a dit qu‘on ne met pas de vin nouveau dans de vieilles outres (Mt 9, 17). En contemplant la richesse inimaginable des dons de Dieu, l’homme obéissant se remplit de frayeur et de terreur, devant la toute-puissance de Dieu comme devant ses propres péchés.

Il souhaiterait à cet instant se cacher de Dieu, que Dieu s’éloigne de lui et que lui-même revienne vers son esprit ancien et à son ancienne vie. Car dès que l’éclat et la grâce de Dieu sont révélés à l’homme, aussitôt celui-ci découvre sa propre situation de pécheur, son indignité et son long éloignement de Dieu. Mais celui qui a été conduit dans les profondeurs spirituelles, Dieu ne l’abandonne pas et ne tient pas compte de ses supplications maladives : Eloigne-toi de moi! Dieu, au contraire, l’encourage et le réconforte en disant: Sois sans crainte! Par ailleurs, quand Dieu procure à l’homme obéissant Sa richesse divine indicible, Il ne souhaite pas que cette richesse reste seulement en lui, comme le talent enterré dans la terre par le mauvais serviteur; Dieu souhaite que l’homme obéissant partage avec d’autres le don qui lui a été confié’. C’est pourquoi Pierre invite une autre barque à s’occuper aussi du poisson qui a été péché et partage les fruits de la pêche avec ses camarades Jacques et Jean et ceux qui étaient avec eux. Mais Jacques et Jean et tous les autres s’occupent de retirer les filets, transporter le poisson dans les barques et ramer vers la rive. Ainsi, tout homme discipliné qui reçoit le don de Dieu par l’intermédiaire d’un autre homme doit savoir que ce don vient de Dieu et non de l’homme ; il doit aussitôt, sans tarder, s’efforcer de conserver, multiplier et continuer à partager un tel don. Le fait que les pécheurs obéissants ont ramené leurs barques sur le rivage, puis les ont laissées ainsi que tout le reste pour suivre le Christ, signifie que l’homme qui a été favorisé par Dieu quitte, dans les profondeurs spirituelles, son corps avec ses passions et ses relations pécheresses. Il quitte tout, c’est-à-dire non seulement son corps et ses liens charnels, mais aussi son esprit ancien et tous les liens de celui-ci, pour partir avec Celui qui revêt chaque appelé de la tenue nouvelle du salut et qui ne cesse d’appeler les hommes qui Lui obéissent à aller vers les grandes profondeurs spirituelles. Le fait que le Seigneur appelle Pierre « pêcheur d’hommes », signifie que les apôtres, les évêques, les prêtres, et de façon générale tous les chrétiens qui ont reçu des dons de Dieu, s’efforcent par amour et par devoir, avec l’aide de ces dons, de pêcher, c’est-à-dire sauver le plus d’hommes possible. Chacun agit selon les dons reçus : celui qui a reçu plus doit obtenir une pêche plus importante, alors que celui qui a reçu moins aura moins de devoirs, comme le montre clairement le Seigneur dans le récit sur les talents : le serviteur qui a reçu cinq talents, en a rapporté dix, et celui qui a reçu deux talents en a rapporté quatre. Il importe seulement que personne ne s’enorgueillisse du don de Dieu et ne le cache pas aux yeux des autres hommes en l’enfouissant dans la tombe de son corps, car un tel homme se condamnera lui-même à être jeté dans la fournaise ardente: là seront les pleurs et les grincements de dents (Mt 13,42).

Ce récit évangélique est plein d’enseignements pour notre époque et notre génération, comme les filets de pêcheurs étaient pleins de poissons bénis. Ah, si les hommes de notre génération adhéraient au moins à la leçon d’obéissance envers Dieu ! Tous les autres enseignements seraient respectés d’eux-mêmes grâce à l’obéissance. Tous les biens auxquels le cœur humain aspire se retrouveraient ainsi dans le filet doré de l’obéissance évangélique. Nous avons devant nous deux exemples d’obéissance: l’obéissance des poissons et celle des Apôtres. On ne saurait dire lequel est le plus touchant. Les poissons suivent l’ordre du Seigneur et sans hésitation, mettent leur vie à Ses pieds. Le Seigneur les a créés afin de répondre aux besoins physiques des hommes. Mais voilà que les poissons peuvent répondre aussi à un besoin spirituel des hommes! Aux hommes qui se sont insurgés contre Dieu, rebelles et désobéissants, ils ont servi de modèles d’obéissance à l’égard du Créateur. En vérité, ces poissons ne pouvaient pas devenir plus célèbres, et depuis mille ans ils continuent à nager dans le lac de Gennésareth. Ils ont racheté leur vie par le grand honneur d’avoir contribué au plan du Seigneur Jésus, à la fois en guise d’exemple et de réprimande aux hommes désobéissants. La miséricorde indicible du Seigneur y apparaît de façon évidente. Le Seigneur se sert de toutes Ses créatures afin de faire revenir l’homme du chemin de la déchéance, le réveiller, le dégriser et l’élever à sa dignité originelle. Mais l’exemple de l’obéissance des apôtres est lui aussi touchant. Les hommes ordinaires sont habituellement plus attachés à leur maison et leurs proches que les hommes du monde ; ces derniers possèdent en effet de nombreuses relations diverses à travers le monde et ils passent ainsi de l’une à l’autre. Ces simples pêcheurs, eux, quittent tout, rompent leurs liens peu nombreux mais forts avec le monde, leur maison et leur famille — et avec eux-mêmes — pour suivre le Seigneur vers une profondeur spirituelle immense et riche. Le temps a montré que leur obéissance a été récompensée par le Seigneur de façon divine. Ils sont devenus les piliers de l’Église de Dieu sur la terre et de grands astres dans le Royaume céleste. Hâtons-nous, nous aussi, de suivre leur exemple d’obéissance. Sans l’aide de Dieu, la nuit de notre vie terrestre s’écoule rapidement et tous nos efforts dans cette nuit restent illusoires, nos filets sont vides, nos cœurs pleins de mauvaise humeur, mais notre âme et notre esprit sont affamés’. Mais le doux Seigneur se tient près de chacune de nos petites embarcations et prie. Lui, le créateur suprême et tout-puissant, prie chacun de nous de Le laisser monter dans notre petite embarcation afin de quitter avec Lui les eaux peu profondes et le bourbier de cette vie, pour aller vers les grandes profondeurs de la mer spirituelle où II remplira notre petite embarcation de tout ce que nous souhaitons et en surabondance ! Ecoutons-Le donc alors qu’il prie, car quand l’aube viendra, nous ne Le verrons plus en train de prier, mais en Juge. Ne rejetons pas Sa prière pour entrer dans notre cœur et notre âme, comme Pierre ne L’avait pas rejeté ; car II souhaite y entrer non pour Lui, mais pour nous. Sachez qu’il n’est pas facile au Très Pur d’entrer sous un toit impur. Sachez que c’est un sacrifice qu’il fait par amour pour nous. Il ne nous demande pas d’entrer pour prendre quelque chose, mais pour donner. Il demande que nous Lui permettions de rendre un service et de faire un sacrifice — un sacrifice pour nous. Entendons, chers frères, la voix de Celui qui nous prie avant d’entendre la voix du Juge.

Gloire et louange à notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, avec Son Père et avec le Saint-Esprit, Trinité unique et indissociable, maintenant et toujours, de tout temps et de toute éternité. Amen.