”Saint Nicolas, l’Apôtre du Japon, naquit en 1836 au village de Iegorja, dans la province de Smolensk, d’un père diacre, Jean Kasatkine, et d’une mère morte alors qu’il avait cinq ans, tous deux d’une grande piété. Songeant d’abord à la carrière militaire, il orienta finalement son destin, au cours de ses études, vers les missions lointaines qu’entreprenait alors l’Église russe; après avoir hésité pour la Chine, il se décida pour le Japon, ce pays fermé et mystérieux, après en avoir lu un ouvrage. En 1860, étudiant à l’Académie de Saint-Pétersbourg, il vit dans l’appel du Saint-Synode à un volontaire pour la chapellenie du consulat russe à Hakodaté le signe de Dieu pour son apostolat. Tonsuré sous le nom de Nicolas, ordonné diacre puis prêtre, il partit aussitôt et, au terme d’un voyage de dix mois à travers toute la Sibérie, parvint enfin au Japon.

Dans ce pays aux mœurs si éloignées du christianisme et où il était formellement interdit de prêcher le Christ, les conditions étaient fort peu propices à une mission orthodoxe. Saint Nicolas apprit seul le japonais et, après quelques années d’un labeur assidu et souvent périlleux, convertit le prêtre païen Sawabé et le médecin Sakaï; avec l’aide de ces premiers néophytes, sans chercher tant à convertir un grand nombre de Japonais qu’à faire de ceux qui venaient à la foi des chrétiens véritables et inébranlables, il parvint à constituer une petite communauté d’une quinzaine de fidèles. La catéchèse se heurtait à d’innombrables difficultés, en particulier l’absence de toute traduction des textes saints en japonais — il fallut un temps se contenter d’une transcription chinoise du Nouveau Testament —, mais les nouveaux chrétiens avaient auprès d’eux le saint missionnaire comme modèle vivant de la conduite évangélique, alors que le commandement de l’amour des ennemis semblait au code d’honneur japonais un appel à la lâcheté.

Ce n’est qu’au bout d’une dizaine d’années, en 1873, que le gouvernement toléra enfin l’organisation officielle d’une mission orthodoxe, avec l’archimandrite Nicolas à sa tête; on transféra le centre missionnaire à Tokyo, la nouvelle capitale, et le nombre des fidèles atteignit bientôt le millier. En 1875 fut ordonné le premier prêtre orthodoxe japonais, et dix ans plus tard saint Nicolas fut consacré premier évêque du Japon (1885). Malgré les difficultés matérielles, il put édifier au cœur de Tokyo une magnifique cathédrale, qu’on appela «la maison de Nicolas»; déployant un zèle qui faisait l’admiration de saint Jean de Cronstadt, il fonda des écoles et, en 1878, un séminaire où, outre les sciences théologiques, on enseignait le japonais, le chinois et le russe en vue de traduire tous les textes nécessaires à la vie chrétienne. Bien qu’il transmît à sa jeune Église la foi et les usages liturgiques de l’Église russe, il avait le souci de fonder une véritable Église locale, de langue japonaise, issue du peuple japonais et inséparable de lui.

Lors de la guerre russo-japonaise (1905), le saint manifesta son amour pour ses ouailles et son discernement: il autorisa son clergé à célébrer des offices d’intercession pour l’armée japonaise, mais ne participa pas lui-même à ces prières, ne pouvant prier pour la défaite de sa propre patrie. C’est ainsi que, dans ce pays lointain prophétiquement appelé Pays du Soleil-Levant, se leva, grâce à ses labeurs, l’aube radieuse du Soleil de Justice, Notre Seigneur Jésus-Christ. Lorsque le saint archevêque s’endormit dans le Seigneur, le 3 février 1912, après cinquante années d’apostolat, les chrétiens orthodoxes le vénérèrent aussitôt comme un saint Égal-aux-Apôtres, et sa tombe devint un lieu de pèlerinage et une source de grâce pour l’Église orthodoxe du Japon.