”Originaire de la province d’Arménie et médecin de profession, Blaise menait une vie semblable à celle du juste Job: intègre et droit, craignant Dieu et se gardant de tout mal. Ayant gagné par ces vertus l’affection de tous ses concitoyens, il fut élu évêque de Sébaste. Au temps de la Grande Persécution, il confessa hardiment la foi et encouragea les martyrs à mener jusqu’au bout le bon combat; il rendit visite à saint Eustrate dans son cachot, célébra pour lui la divine liturgie et recueillit les précieuses reliques des Cinq Martyrs pour les transmettre à la vénération du peuple. Il se retira ensuite dans une grotte du mont Argée, pour y élever vers Dieu des prières pures; et, attirées par la bonne odeur de ses vertus, les bêtes sauvages venaient vers lui comme vers un nouvel Adam et attendaient paisiblement à l’entrée de la caverne qu’il eût achevé sa prière, pour recevoir sa bénédiction ou la guérison de leurs maux.

Sous le règne de Licinius (vers 316), Agricolaos, gouverneur de Cappadoce, vint à Sébaste arrêter les chrétiens pour les livrer aux fauves de l’amphithéâtre; les soldats envoyés capturer des bêtes vivantes dans la montagne eurent la surprise de trouver le saint entouré de lions, de tigres, d’ours et de loups qui lui tenaient paisiblement compagnie. Prévenu par une vision, Blaise les reçut avec affabilité et les suivit sans résistance; sur le chemin, de nombreux païens se convertirent en voyant la paix et l’ineffable douceur qui se dégageaient de lui, et les malades, hommes et bêtes, retrouvaient la santé à son passage. Une femme en larmes lui présenta son enfant, sur le point de mourir étouffé par une arête de poisson: le saint plongea la main dans sa gorge et pria le Seigneur de le délivrer, lui et tous ceux qui, souffrant d’un tel mal, invoqueraient son intercession; et l’enfant fut aussitôt rendu à sa mère en pleine santé.

Traduit devant le tribunal, Blaise condamna avec hardiesse la vanité des idoles sans vie, endura avec joie les coups de verges et fut jeté tout sanglant en prison, déclarant: «Je ne crains pas tes tortures, car je regarde vers les biens à venir.» Sept femmes pieuses le suivirent, recueillant à terre les gouttes de son sang pour s’en oindre le visage comme d’un précieux parfum; arrêtées, elles feignirent d’accepter de sacrifier et demandèrent qu’on portât les idoles au bord du lac — celui-là même qui devint un peu plus tard le théâtre du combat des Quarante Martyrs — pour les laver d’abord, puis les jetèrent au fond de l’eau. Furieux, Agricolaos fit préparer un brasier, du plomb fondu et des peignes de fer, et leur offrit de choisir entre ces tortures et de riches parures exposées à proximité; mais l’une d’elles, mère de deux enfants, jeta les parures au feu, encouragée par ses fils qui lui criaient: «Ne nous abandonne pas! Comme tu nous as nourris de ton lait, laisse-nous te suivre pour hériter du Royaume des Cieux!» Déchirées par les peignes de fer, puis miraculeusement indemnes au sortir des flammes, les saintes femmes eurent enfin la tête tranchée, rendant grâce à Dieu et à son serviteur Blaise.

Ne pouvant ébranler la résolution du saint, Agricolaos le condamna à être noyé dans le lac; mais, parvenu sur la rive, Blaise fit le signe de la Croix et se mit à marcher sur les eaux à l’imitation du Seigneur, invitant les païens à le rejoindre s’ils croyaient pouvoir se confier en leurs dieux: soixante-huit d’entre eux s’avancèrent et périrent noyés, tandis qu’un Ange lumineux apparaissait pour le rappeler à la berge et lui annoncer la couronne. Condamné à être décapité avec les deux courageux enfants, le saint, resplendissant de lumière divine, pria pour tous ceux qui imploreront son secours dans les maladies et les épreuves; et le Seigneur lui apparut dans sa gloire: «J’ai entendu ta prière et je t’accorde ce que tu demandes.» Les corps des martyrs, pieusement ensevelis, devinrent une source de bénédictions, et saint Blaise demeure l’un des saints guérisseurs les plus vénérés, tant en Orient qu’en Occident.