”Saint Charalampos était âgé de cent sept ans et exerçait depuis longtemps le ministère de prêtre des chrétiens de Magnésie, en Thessalie, prêchant à tous la foi au Christ sans craindre la menace des païens. Dénoncé comme agitateur et traduit devant le tribunal du gouverneur Lucien, il répondit à ses menaces: «Rien ne m’est plus agréable que les tortures pour le Christ; applique donc à mon vieux corps les supplices les plus intolérables, afin que tu apprennes quelle est la puissance invincible de mon Christ.» Les bourreaux lui lacérèrent la chair avec des ongles de fer sans pouvoir lui arracher un cri; il leur disait au contraire: «Je vous remercie, mes frères, car en écorchant ce corps vieilli, vous renouvelez mon âme et la préparez à la béatitude éternelle!» Pris de fureur, le gouverneur entreprit de lui arracher lui-même la peau, mais ses mains furent soudain tranchées par une intervention divine et restèrent accrochées, inertes, au corps du martyr; ému par ses supplications, saint Charalampos pria et obtint sa guérison.

Devant ce miracle et cet amour des chrétiens pour leurs ennemis, les bourreaux Porphyre et Baptos renoncèrent aux idoles et crurent au Christ, suivis de trois femmes de l’assistance qui proclamèrent leur foi sans crainte. Le gouverneur lui-même, guéri, fut baptisé par le saint, et un grand nombre d’habitants de la province d’Asie furent gagnés au Christ. Quand l’empereur Sévère apprit que toute la région de Magnésie abandonnait les idoles grâce à ce vieux prêtre qu’il avait condamné, et que par sa prière les aveugles voyaient et les infirmes marchaient, il envoya trois cents soldats avec l’ordre de transpercer le corps du saint de clous et de l’amener enchaîné à Antioche de Pisidie. Sur le chemin, comme les soldats maltraitaient le vieillard, le cheval qui le portait prit soudain une voix humaine pour condamner l’empereur comme ennemi de Dieu et ses soldats comme serviteurs du diable, et les hommes d’armes, saisis de terreur, achevèrent la route sans plus lui faire de mal.

Dès qu’on lui présenta le vénérable vieillard, l’empereur ordonna de lui enfoncer une longue broche dans la poitrine et de le jeter dans un brasier, qui s’éteignit à son contact. Surpris, Sévère lui demanda ce qui le rendait invulnérable; «La puissance du Christ!» répondit-il. Pour l’éprouver, l’empereur lui présenta un homme possédé depuis trente-cinq ans, que le saint délivra d’une parole, puis un jeune homme mort, qu’il releva par la prière comme on réveille un dormeur. Le préfet Crispus s’écria alors: «Mets-le à mort, ô Roi, car c’est par sorcellerie qu’il accomplit ces prodiges.» Revenu à sa fureur, le souverain fit broyer la mâchoire du saint et brûler sa barbe; mais la flamme des torches se retourna contre les bourreaux, un tremblement de terre ébranla le lieu, et l’empereur, soulevé de son trône, demeura suspendu en l’air, fouetté par des anges invisibles.

La fille de Sévère, Galinie, supplia en larmes le saint martyr de délivrer son père, en confessant le Christ tout-puissant; mais une fois délivré, l’empereur, après un bref moment d’admiration, retomba dans sa folie idolâtre et reprit ses tortures, malgré les remontrances de sa fille, qui, sommée de sacrifier sous peine de mort, entra dans le temple et y brisa les idoles à deux reprises, rendant le tyran ridicule devant le peuple. Inébranlable comme le diamant, Charalampos accueillit enfin avec joie la sentence de mort; sur le lieu de l’exécution, il leva les yeux et les mains vers le ciel, rendit grâce à Dieu et demanda, pour tous ceux qui prieraient en son nom, célébreraient sa mémoire ou vénéreraient ses reliques, le salut de l’âme, la santé du corps et l’abondance des biens. Une voix se fit alors entendre du ciel: «Viens, Charalampos, vaillant lutteur, prendre part à la joie des martyrs!», et sa tête tomba sous le glaive, le 10 février. La bienheureuse Galinie ensevelit son corps; son crâne est conservé au monastère de Saint-Étienne, aux Météores, et les fragments de ses reliques, dispersés en de nombreux lieux, accomplissent chaque jour des miracles, rendant ce plus âgé de tous les martyrs particulièrement cher au peuple grec.