”L’illustre martyr du Christ Clément était originaire d’Ancyre, en Galatie, fils d’un père païen et d’une mère chrétienne, Euphrosyne, qui, avant de mourir, lui prophétisa qu’il aurait à endurer de longues et cruelles souffrances pour le Seigneur. Adopté par une sainte et pieuse femme nommée Sophia, il grandit en toute piété, distribuant les biens de la maison aux enfants pauvres et leur enseignant les rudiments de la foi; dès l’âge de douze ans, il jeûnait et priait comme les moines, et fut bientôt ordonné diacre, puis prêtre, et élevé à vingt ans seulement à la charge d’évêque de la ville, qu’il gouvernait avec la sagesse d’un vieillard. En apprenant tout le bien accompli par le jeune prélat, le vicaire impérial le fit arrêter et flageller; comme il résistait sans trembler, disant: «Plus tu affligeras ma chair de tourments, plus mon âme en tirera profit», on lui brisa la mâchoire à coups de pierres, mais le saint n’en éprouvait que plus de joie de souffrir à l’imitation du Christ.

Resté impuissant devant la vaillance du martyr, le gouverneur l’envoya à Rome auprès de l’empereur Dioclétien, qui fit étaler devant lui d’un côté des objets précieux, de l’autre des instruments de torture. «Tous ces vases précieux, répondit Clément, me font penser combien plus glorieux sont les biens éternels du Paradis, et ces instruments de supplice me font craindre davantage les châtiments réservés en enfer à ceux qui renient le Seigneur». Soumis au supplice de la roue, les chairs en lambeaux, il fut miraculeusement guéri, ce qui entraîna la conversion d’un grand nombre de païens, qui s’écrièrent: «Grand est le Dieu des chrétiens!» Jetés en prison, ceux-ci reçurent la nuit même la sainte Eucharistie des mains d’un Ange, et Clément put les faire communier avant leur exécution; quant à lui, flagellé jusqu’à l’os et brûlé avec des torches, il endurait tout comme si ces souffrances étaient celles d’un autre.

Le tyran le renvoya à Nicomédie. Un des païens convertis, Agathange («le bon ange»), échappé de la prison, s’embarqua en cachette sur le même navire pour partager les souffrances de son père en Christ, et tous deux restèrent dès lors des compagnons inséparables. Interrogés et torturés à Nicomédie, puis jetés en prison, ils y reçurent la visite des Anges, ce qui convertit les autres détenus; précipités du haut d’une montagne enfermés dans des sacs, ils furent sauvés par des Anges et regagnèrent la ville indemnes, guérissant en chemin deux paralytiques aveugles. Transférés à Ancyre, puis à Amyssa — où les enfants jadis baptisés par Clément voulurent le suivre et furent décapités —, enfin à Tarse auprès du coempereur Maximien, ils firent jaillir de l’eau pour leurs gardes, sortirent indemnes d’une fournaise comme les Jeunes Gens de Babylone, et restèrent à travers d’innombrables supplices aussi inébranlables que le diamant, jusqu’à l’accomplissement des vingt-huit années de témoignage que Clément avait reçues en prédiction.

Ramenés enfin à Ancyre et comparaissant devant le neuvième de leurs juges, ils furent encore torturés; Agathange eut la tête tranchée, tandis qu’on rejetait Clément dans un cachot obscur. Le jour de la Théophanie, sa mère adoptive Sophia obtint des gardiens de le conduire jusqu’à l’église où, revêtu d’ornements tout blancs, il célébra la vigile nocturne et donna à tous la sainte communion, avant de retourner de son plein gré dans sa geôle. Quelques jours plus tard, le 23 janvier 296, comme il célébrait de nouveau le saint sacrifice, les soldats païens surgirent et le décapitèrent sur l’autel même: le prêtre devint ainsi, à l’imitation du Christ, la victime du sacrifice. Les deux diacres qui l’assistaient furent également exécutés, et la pieuse Sophia ensevelit les trois corps non loin de là, en un lieu nommé Krypton.