”Saint Antoine était fils de chrétiens pauvres d’Athènes. À douze ans, il s’engagea au service d’un Albanais musulman pour aider ses parents; mais en 1770, lors des répressions qui suivirent le soulèvement des Grecs du Péloponnèse, ses maîtres le vendirent à des Turcs qui tentèrent en vain de le convertir. Revendu cinq fois à des maîtres toujours plus cruels et fanatiques, sans jamais se laisser ébranler dans sa foi, il fut enfin acheté par un chaudronnier chrétien de Constantinople. Un jour — la veille, un songe l’avait averti qu’il allait recevoir l’assistance de Dieu pour obtenir la gloire du martyre —, il fut reconnu dans la rue par l’un de ses anciens maîtres, qui se mit à crier aux passants que ce jeune chrétien avait renié l’Islam et s’était enfui. Traîné aussitôt au tribunal, Antoine confessa qu’il était prêt à subir mille morts pour l’amour du Christ: «Sois certain, dit-il au juge, qu’il te serait plus facile de devenir chrétien que de me faire renier mon Christ.»
Ne pouvant le convaincre de feindre même l’apostasie pour avoir la vie sauve, le juge le fit jeter à contrecœur en prison; le saint y réconforta les autres détenus chrétiens, distribua aux pauvres le peu d’argent qu’il possédait, et écrivit à son maître pour le remercier de ses bienfaits et demander, par son entremise, le pardon et les prières de toute l’Église. Comme le vizir tardait à rendre sa sentence, les accusateurs allèrent se plaindre au sultan Abdoul Hamid, qui, par crainte d’une sédition, ordonna de l’exécuter sans délai. C’est avec joie que ce vaillant martyr de seize ans se rendit au lieu du supplice et tendit sa nuque au bourreau; celui-ci le frappa d’abord légèrement à trois reprises, pour que la douleur le fît céder, puis, le voyant inébranlable, l’égorgea comme une brebis d’abattoir (1774).