”Né en 1780 dans une pieuse famille de Chios, Dimitrios se rendit jeune à Constantinople pour travailler chez son frère aîné, négociant. S’étant fiancé sans prendre l’avis de ce dernier, il fut chassé de la maison et bientôt réduit à la famine; il se souvint alors qu’un riche client turc de son frère lui devait de l’argent, et se rendit chez lui comme s’il était chargé d’en percevoir la dette, dans l’intention de la détourner à son profit. En l’absence du Turc, il fut reçu par sa fille, qui s’était éprise du beau jeune chrétien; usant de tous ses charmes, elle parvint à le convaincre de renier sa foi et de promettre de se faire musulman pour l’épouser. Il demeura ainsi près de deux mois dans le palais, comme prisonnier, car les Turcs, le voyant triste, craignaient qu’il ne se rétractât. Sa conscience finit par s’éveiller; mesurant l’horreur de sa faute, il profita d’une nuit de ramadan pour s’enfuir et se réfugier chez un chrétien de sa connaissance, où il versait des torrents de larmes en confessant son péché. Ayant fait venir son frère et son confesseur, il leur avoua tout et déclara que son seul désir était désormais d’effacer sa trahison dans le sang du martyre.
Pour éprouver la sincérité de sa résolution, son confesseur lui imposa une sévère règle de jeûne et de prière: pendant vingt jours et vingt nuits, presque sans dormir ni manger, dans les larmes continuelles, le saint nourrit sa décision d’un zèle toujours plus ardent, et reçut au cours d’une vision lumineuse la confirmation que telle était la volonté de Dieu. Ayant communié aux saints Mystères, il alla bravement se présenter devant le juge turc, raconta son reniement, confessa sa foi au Christ et, jetant à terre son turban, se déclara prêt à tout endurer. Il resta de longs jours dans un cachot obscur et humide, qu’il transformait par ses prières en chambre nuptiale, subissant interrogatoires et coups de verges qui ne faisaient que l’affermir. La perfide musulmane vint le relancer jusqu’en prison, mais en vain, car le martyr avait désormais pour chaste compagne la Toute-Sainte Mère de Dieu. Quand les chrétiens originaires de Chios se cotisèrent pour obtenir sa libération, il les réprimanda et leur demanda de distribuer plutôt cet argent aux églises, pour qu’on y priât pour lui au moment du combat. Résistant comme le diamant aux tortures comme aux flatteries, il reçut avec joie la sentence de mort: refusant qu’on lui bandât les yeux, il s’agenouilla calmement, inclina la nuque sous le glaive et dit: «Souviens-toi de moi, Seigneur, dans ton Royaume!» Les chrétiens présents se précipitèrent alors, au mépris des coups, pour imbiber des linges de son sang, car le sacrifice volontaire de saint Dimitrios devait être pour eux une source de bénédictions (1802).