”Ce luminaire de la foi orthodoxe brilla pendant la sombre époque où l’empire byzantin agonisant, pressé de toutes parts par l’envahisseur turc, se trouvait placé devant cette douloureuse alternative: tomber aux mains des infidèles, ou se livrer à la domination des Latins, qui n’accordaient leur soutien qu’au prix de la soumission de l’Orthodoxie à la Papauté. Né dans une famille pieuse de Constantinople vers 1392, saint Marc reçut une brillante éducation et devint très tôt professeur à l’école patriarcale; mais, à vingt-six ans, il abandonna la carrière académique pour se faire moine près de Nicomédie, puis, sous la menace des Turcs, au monastère de Saint-Georges des Manganes, où il joignit à la vie contemplative l’étude des Pères et la rédaction de traités dans la ligne de saint Grégoire Palamas. C’est par obéissance à l’empereur Jean VIII Paléologue, qui préparait un concile d’union avec Rome, que ce pieux hésychaste accepta d’être consacré métropolite d’Éphèse et de prendre part à la délégation byzantine comme exarque du concile.
La délégation grecque — l’empereur, le patriarche Joseph II, vingt-cinq évêques et une suite de quelque sept cents personnes — s’embarqua pour l’Italie dans un grand élan d’espérance, persuadée de réaliser bientôt l’union désirée par tous les chrétiens. Saint Marc lui-même la partageait, sans préjugés contre les Latins, mais ferme sur le roc de la Foi: pour lui, il ne pouvait s’agir que du retour de l’Église romaine à l’unité qu’elle avait rompue par ses innovations. Mais dès l’arrivée à Ferrare, le pape Eugène et ses théologiens traitèrent les délégués byzantins en véritables prisonniers, les empêchant de quitter la ville et retardant les subsides promis, au point que certains évêques durent vendre leurs effets pour se nourrir.
Les questions à débattre étaient la procession du Saint-Esprit et l’addition du Filioque au Symbole, l’existence du Purgatoire, l’usage des azymes et la primauté du pape. Comme les Latins formaient une majorité écrasante, on commença par la question secondaire du Purgatoire, et saint Marc répondit au nom de l’Église: «Les âmes des défunts peuvent bénéficier d’un certain progrès, et même les damnés d’un relatif soulagement, grâce aux prières de l’Église et à la miséricorde infinie de Dieu; mais l’idée d’un châtiment et d’une purification par un feu matériel avant le Jugement dernier est tout à fait étrangère à la tradition de l’Église». Sur le Filioque, il éleva la même voix ferme: «Le Symbole de la Foi doit être conservé intact, comme à son origine».
Le concile ayant été transféré à Florence, saint Marc exposa avec une claire sobriété la doctrine de l’Écriture et des Pères sur la procession du Saint-Esprit; mais les théologiens latins accablaient l’auditoire d’arguments subtils, et le combat ressemblait à celui de David contre Goliath. Pendant ce temps, les métropolites Bessarion de Nicée et Isidore de Kiev, devenus partisans acharnés de l’union — par ambition (ils seraient tous deux faits cardinaux) ou par hostilité envers l’hésychasme —, s’employaient en coulisse à gagner les autres prélats. Épuisés par l’attente, le manque de subsides et la morgue des Latins, inquiets pour leur capitale menacée, les évêques se laissèrent peu à peu fléchir, quitte à se rétracter une fois rentrés; mais Marc restait inflexible: «Il n’est pas permis de faire des accommodements en matière de foi». Sur l’ordre de l’empereur, tous finirent par signer le décret de la fausse union (6 juillet 1439) — mais aucun Grec ne communia, et les deux délégations n’échangèrent même pas le baiser de paix. Marc seul avait refusé de signer; ce qu’apprenant, le pape Eugène s’écria: «L’évêque d’Éphèse n’a pas signé: nous n’avons donc rien fait!».
De retour à Constantinople après dix-sept mois d’absence, les artisans de la fausse union furent accueillis par le mépris général, tandis que le peuple fidèle, rejetant unanimement le pseudo-concile de Florence et désertant les églises des unionistes, saluait Marc comme un nouveau Moïse et la colonne de l’Église. Sortant de son silence, le saint mena dès lors campagne pour rétablir l’unité de l’Orthodoxie, par sa prédication, ses écrits, ses larmes et ses prières: «Plus je m’éloigne des unionistes, disait-il, plus je m’approche de Dieu et de tous les saints». Pour échapper à la concélébration forcée avec le patriarche unioniste Métrophane, il dut s’enfuir, gagna son diocèse d’Éphèse, puis tenta de se réfugier au Mont Athos; arrêté en route, il fut assigné à résidence dans l’île de Lemnos. Libéré en 1442, il regagna son monastère, d’où il poursuivit la lutte jusqu’à son dernier souffle, le 23 juin 1444, confiant sur son lit de mort le flambeau de l’Orthodoxie à son ancien élève Georges Scholarios — le futur patriarche Gennade. La fausse union, proclamée à Constantinople en décembre 1452, se consuma sous les décombres de la cité lors de sa prise par les Turcs, le 29 mai 1453, laissant la Foi orthodoxe vivante et inaltérée pour le salut du peuple chrétien.
