”Saint Photios naquit en 810 dans une famille de la haute noblesse byzantine: son père Serge était le frère du patriarche saint Taraise, et ses parents, qui aimaient les moines, souffrirent le martyre durant la persécution iconoclaste, laissant à leur fils un héritage plus précieux que la noblesse et la fortune: l’amour de la vraie foi jusqu’à la mort. Doté d’aptitudes intellectuelles exceptionnelles, il passait des nuits entières à l’étude et acquit un savoir universel qui fit de lui l’homme le plus savant de son temps et la figure centrale de la renaissance intellectuelle de Byzance après la tourmente iconoclaste. Professeur renommé à l’université du palais de Magnaure, envoyé en mission diplomatique auprès du calife de Bagdad, il rédigea de mémoire, pour son frère, sa Bibliothèque, résumé critique de quelque deux cent quatre-vingts ouvrages, avant de devenir directeur de la chancellerie impériale.
En 858, le césar Bardas, pour se venger du patriarche saint Ignace qui avait réprouvé ses mœurs, le contraignit à démissionner et fit élire à sa place, malgré lui, le pieux et sage Photios; préférant la mort à cette charge périlleuse, celui-ci ne céda qu’en pleurant et fut ordonné patriarche le 25 décembre 858, après avoir gravi en six jours tous les degrés de la hiérarchie. «C’est involontairement que nous avons été élevé, écrivait-il au Pape, et c’est comme un prisonnier que nous siégeons.» Tandis que les partisans extrémistes d’Ignace s’opposaient à lui en arguant de l’irrégularité de son élévation soudaine, Photios cherchait à éviter tout affrontement et œuvrait pour la paix de l’Église: il liquida les restes des hérésies manichéenne et iconoclaste, restaura quantité d’églises et de monastères, et organisa les missions chez les peuples barbares. Deux conciles (859, puis le concile «Premier-Second» de 861, en présence des légats du Pape) confirmèrent la condamnation de l’iconoclasme et la validité de son élection.
Le pape Nicolas Ier, qui avait pris le parti d’Ignace, vit là l’occasion d’affirmer, pour la première fois de façon si manifeste, la prétention des papes à la juridiction sur l’Église universelle: passant outre la primauté d’honneur et le pouvoir d’arbitrage que les autres Églises avaient toujours reconnus à Rome, il déposa de son propre chef le patriarche de Constantinople, déclara invalide le concile de 861, et fit excommunier par un concile romain (863) tous les clercs ordonnés par Photios. Celui-ci dénonça alors les innovations romaines, avertissant que «l’abolition des petites choses transmises par la tradition conduit au mépris complet des dogmes».
Cependant, en accord avec l’empereur, Photios organisait les missions chez les Slaves: il envoya son ami le très savant Constantin — que nous vénérons sous le nom de saint Cyrille — et son frère Méthode chez les Khazars, puis en Moravie, marquant le début de la conversion des peuples slaves. Mais le prince de Bulgarie Boris, baptisé par Photios, se tourna vers Rome (866), et les missionnaires latins entreprirent d’introduire dans cette jeune Église leurs innovations, en particulier l’addition du Filioque au Symbole de Foi. Devant ce danger qui atteignait le dogme même de la Sainte Trinité, saint Photios jugea que le temps était venu «pour le doux de devenir combattant»: il adressa une Lettre encyclique à tous les évêques d’Orient condamnant les erreurs latines, et réunit en 867 un grand concile qui proclama l’Orthodoxie victorieuse et anathématisa le pape Nicolas, consommant ainsi un premier schisme, précurseur de la rupture de 1054.
À la fin de 867, l’empereur Basile Ier déposa Photios, l’emprisonna et rétablit saint Ignace; un concile (869-870), que les Latins appellent leur «huitième concile œcuménique», le condamna de nouveau, exila ses partisans et déposa plus de deux cents évêques. Traîné devant l’assemblée, le saint répondit après un long silence: «Dieu entend la voix de celui qui se tait; car Jésus lui-même, en gardant le silence, n’a pas échappé à la condamnation», puis: «Ma justification n’est pas de ce monde.» Trois années d’une rude incarcération, privé même de ses livres, ne lui arrachèrent aucune plainte ni aucune accusation contre Ignace, innocent de ces cruautés; il ne pensait qu’à encourager ses amis et à prier pour ses persécuteurs. Réconcilié avec Ignace, qu’il visitait chaque jour, il fut, à la mort de ce dernier (877), unanimement rétabli sur le trône, et un concile de trois cent quatre-vingt-trois Pères (879-880), en présence des légats du Pape, annula le concile de 869, anathématisa l’addition au Symbole et rétablit la communion. Déposé une dernière fois par Léon VI (886) et reclus cinq ans, il composa, sans l’aide d’aucun livre, sa Mystagogie du Saint-Esprit, démontrant que l’Esprit procède éternellement du seul Père; puis, laissant ce traité comme un testament à l’Église, il rejoignit le chœur des Pères et des Docteurs, le 6 février 893. Humble, silencieux et patient dans les tribulations, ce confesseur, longtemps calomnié, demeure l’un des grands luminaires de l’Orthodoxie.