”Lorsque Clovis rentra glorieux en Gaule après sa victoire sur les Alamans à Tolbiac (496), il passa par Toul, en Lorraine; désirant accomplir le vœu qu’il avait fait d’embrasser le christianisme, il demanda un homme capable de l’instruire, et l’on lui recommanda le prêtre Vaast, ancien ermite que tous regardaient comme un ange terrestre. Tel l’apôtre Philippe pour l’eunuque éthiopien, Vaast catéchisa le roi en chemin et confirma son enseignement par la guérison d’un aveugle. Après le baptême de Clovis à Reims, saint Remi envoya Vaast former les fidèles dans les campagnes, puis le consacra évêque d’Arras, capitale de l’Artois, jadis évangélisée mais presque entièrement détruite par les invasions barbares et retombée dans le paganisme.
Dès son arrivée, le saint guérit un aveugle et un boiteux qui lui demandaient l’aumône; et comme il pleurait devant les ruines de l’ancienne église, un ours en surgit, menaçant, qu’il chassa d’un seul mot avant de poursuivre sa prière. Avec courage et persévérance, il entreprit la construction d’une église dédiée à la Mère de Dieu et confirma sa prédication par d’innombrables guérisons et exorcismes. Invité un jour à un banquet où le roi Clotaire devait paraître et qui menaçait de tourner à l’orgie, il fit en entrant le signe de la Croix, et aussitôt les vases pleins de boisson enivrante se brisèrent: les convives, saisis de crainte, accueillirent avec respect ses remontrances, et de nombreuses conversions suivirent dans toute la Gaule. Chargé à partir de 510 du diocèse de Cambrai en plus de celui d’Arras, il poursuivit ses courses apostoliques pendant quarante années; revenu malade à Arras, âgé de quatre-vingt-quatorze ans, il rassembla ses prêtres pour leur dire adieu, et l’on vit, par une froide nuit d’hiver, une nuée lumineuse s’élever de son humble demeure jusqu’au ciel, tandis qu’il remettait son âme à Dieu, le 6 février 540.