”Issue d’une illustre famille de dignitaires impériaux qui, de Paphlagonie, s’était établie à Constantinople, sainte Théodora avait reçu de Dieu une grande beauté et une fine intelligence, et hérité de sa mère Théoctiste une piété fervente et un attachement inébranlable à la foi orthodoxe. Choisie entre toutes les jeunes filles de la noblesse pour devenir l’épouse de l’empereur Théophile (829-842), elle s’efforça de tempérer par sa douceur et sa patience la cruauté de ce souverain, qui avait renouvelé avec une violence inouïe la persécution contre le culte des saintes icônes; tandis que dans tout l’Empire on torturait et exilait les confesseurs de l’Orthodoxie, elle restait fidèle à la vraie foi et vénérait en secret les icônes qu’elle cachait dans sa chambre.
Surprise un jour par un bouffon de la cour en train de baiser ses icônes, elle sut détourner ingénieusement l’accusation que celui-ci porta devant l’empereur, et continua de soutenir discrètement les confesseurs de la foi, se rendant souvent, malgré l’interdiction de son mari, auprès de sa mère devenue moniale, qui ne craignait pas de blâmer ouvertement l’impiété de Théophile. Au bout de douze ans, l’empereur fut frappé d’une dysenterie aux insupportables souffrances; émue de compassion, Théodora posa sur son visage une icône de la Mère de Dieu qu’elle gardait cachée, et Théophile, revenant un peu à lui après une vision effrayante, baisa la sainte icône, confessa la vraie foi, puis rendit son âme à Dieu.
L’héritier Michel III n’ayant que quatre ans, Théodora fut chargée de la régence. S’entourant des sages conseils du Logothète Théoctiste, elle entreprit sans retard de restaurer le culte des saintes icônes et de rappeler d’exil les confesseurs; elle fit convoquer en mars 843 un concile qui déposa le patriarche hérétique Jean VII et éleva sur le trône saint Méthode le Confesseur. Après avoir anathématisé les hérétiques et confirmé les décisions du Septième Concile Œcuménique, les Pères s’assemblèrent, le premier dimanche du Carême 843, avec tous les confesseurs, prêtres et moines venus de tout l’Empire en portant dans leur corps les marques encore sanglantes de leur confession, et, en une longue procession à travers la ville, procédèrent à la restauration officielle du culte des saintes icônes. Cette fête, célébrée depuis chaque premier dimanche du Carême, est devenue le symbole du triomphe de l’Orthodoxie sur toutes les hérésies.
La paix de l’Église rétablie, Théodora montra de grands talents dans le gouvernement de l’Empire, surtout dans la gestion économique, et c’est à son initiative que des missionnaires byzantins partirent évangéliser la Moravie et la Bulgarie. Mais elle eut beaucoup à souffrir de son fils Michel III: son frère Bardas, homme de talent mais débauché, exerçait sur le jeune empereur une influence déplorable, et finit par le pousser, avant même sa majorité, à écarter Théodora du pouvoir et à la contraindre de prendre le voile, avec ses quatre filles, au monastère de Gastria (850). Soumise aux desseins de la Providence, elle s’adonna dès lors avec ardeur au jeûne, à la prière et à toutes les observances de la vie angélique, et remit en paix son âme à Dieu, le 11 février 867. Ses reliques, restées incorrompues, furent transférées à Corfou avec celles de saint Spyridon, où elles furent miraculeusement préservées lors d’un bombardement pendant la Deuxième Guerre mondiale, et demeurent pour les fidèles une source d’abondantes bénédictions.
