”Saint Cyr était un pieux chrétien d’Alexandrie qui exerçait la profession de médecin, mais qui guérissait en même temps bien des âmes en les conduisant au Christ. «Si vous voulez ne pas tomber malades, disait-il à ceux qui venaient le trouver, gardez-vous du péché, car la maladie en est le plus souvent la conséquence». Loin de se fier aux seuls remèdes, il guérissait les corps par la prière et ramenait à la vraie vie les âmes égarées dans l’idolâtrie en leur prêchant la parole de Dieu. Dénoncé au gouverneur chargé par Dioclétien de pourchasser les chrétiens (vers 303), il réussit à s’enfuir jusqu’aux confins de l’Arabie, où il se fit moine et acquit une grande renommée par les nombreuses guérisons qu’il accomplissait du seul signe de la Croix.
Sa réputation parvint jusqu’à Jean, soldat de haute naissance originaire d’Édesse, qui décida d’abandonner l’armée terrestre pour la milice du Roi céleste: renonçant aux richesses et à la gloire, il gagna Jérusalem, puis retrouva Cyr en Égypte, où il devint son disciple et son collaborateur dans la pratique des vertus comme dans les miracles. Comme la persécution s’étendait, ils apprirent que le gouverneur Syrianos avait fait arrêter à Canope une chrétienne, Athanasie, et ses trois filles, Théoctiste, Théodote et Eudoxie, âgées de quinze, treize et onze ans. Craignant que la faiblesse de leur sexe et le jeune âge des fillettes ne les fissent renier le Christ devant la torture, les deux saints se rendirent à Canope pour les encourager; mais, découverts dans la prison, ils furent conduits devant Syrianos. Celui-ci, pensant ébranler les quatre femmes par le spectacle de leurs tourments, soumit Cyr et Jean à la torture devant elles; mais les deux athlètes demeurèrent inébranlables et communiquèrent aux saintes une telle bravoure qu’elles endurèrent elles aussi les supplices sans fléchir. Tous furent alors décapités et marchèrent ensemble d’un pas assuré vers le lieu de l’exécution; des chrétiens recueillirent leurs corps et les déposèrent dans l’église Saint-Marc, à Alexandrie.
Au Ve siècle, saint Cyrille d’Alexandrie, voulant faire disparaître le culte idolâtre d’Isis à Ménouthis (Aboukir), y fit transférer les reliques de saints Cyr et Jean; les miracles et les guérisons s’y multiplièrent, et le sanctuaire devint l’un des plus grands lieux de pèlerinage du monde chrétien. C’est là que saint Sophrone de Jérusalem, atteint d’une grave maladie des yeux, fut guéri par une apparition des deux saints — Cyr lui rendant un œil par le signe de la Croix, et Jean l’autre en le baisant —, ce qui lui inspira la rédaction d’une longue relation de leurs prodiges. Aussi saints Cyr et Jean sont-ils toujours invoqués avec confiance par les chrétiens orthodoxes parmi les saints anargyres, ces médecins qui soignaient sans rétribution et qui continuent, du haut du ciel, de guérir ceux qui font appel à eux avec foi.