”De noble famille égyptienne, saint Philéas avait reçu une éducation littéraire et philosophique approfondie et occupé diverses charges dans l’administration avant de se convertir au christianisme et de devenir évêque de Thmuis, en Thébaïde. Arrêté au début de la persécution de Dioclétien, il fut traduit devant le tribunal du préfet Culcianus; et malgré les efforts de ses avocats pour le sauver, il affirmait qu’il ne sacrifierait jamais aux faux dieux: «Le seul sacrifice agréable à Dieu, répondit-il, c’est un cœur pur, une vie sincère, des paroles sans mensonge». À qui l’interrogeait, il répondait que c’est en s’attachant au Christ, vrai Dieu mort pour notre salut et ressuscité par sa propre puissance, que l’on acquiert la vie éternelle, et il demandait au gouverneur la grâce suprême de faire son devoir jusqu’au bout sans délai. Ses défenseurs, sa femme et ses parents se jetaient à ses pieds pour le presser de céder, mais le martyr demeurait inébranlable comme un rocher battu par les flots, le regard fixé en Dieu, considérant désormais les Apôtres et les martyrs qui l’attendaient au ciel comme sa vraie famille.
Un brillant magistrat d’Alexandrie, Philorome, jusque-là secrètement chrétien, intervint alors: «Pourquoi vouloir rendre ce fidèle infidèle à son Dieu? Ne voyez-vous pas que ses yeux n’aperçoivent plus vos larmes, et que vos pleurs ne peuvent plus toucher celui dont l’œil contemple déjà la gloire du ciel?» La colère de la foule retomba aussitôt sur lui, et l’on pressa le gouverneur de les faire périr tous deux par le glaive. Sur le chemin du supplice, le frère de Philéas, avocat, cria: «Philéas fait appel!»; on le ramena au tribunal, mais le saint répondit: «Il n’en est rien; au contraire, je remercie les empereurs et le gouverneur, puisque par eux je partage l’héritage du Christ Jésus!» Parvenu au lieu de l’exécution, il étendit les mains vers l’Orient et dit: «Mes enfants bien-aimés, soyez vigilants et observez tous les préceptes du Seigneur. Prions le Dieu pur, l’Ineffable, le Créateur de l’univers; à Lui la gloire dans les siècles des siècles. Amen!» Sur ces paroles, les deux têtes tombèrent sous le glaive, et les âmes des valeureux martyrs s’envolèrent vers le ciel.