”En 1822, alors que l’insurrection des Grecs contre le joug ottoman suscitait partout de cruelles représailles, deux frères originaires de l’île de Spetsai — Jean, âgé de vingt-deux ans, et Stamatios, âgé de dix-huit ans — qui transportaient sur leur petit navire une cargaison d’huile, furent pris dans une tempête et échouèrent sur la côte d’Asie Mineure, face à Chios. Par crainte des Turcs, ils s’adressèrent à un chrétien du lieu pour se procurer de quoi réparer leur embarcation; mais ce nouveau Judas alla les dénoncer aux autorités. Les soldats turcs accoururent: ils tuèrent deux des marins qui tentaient de fuir, deux autres disparurent dans la mer, et seuls les deux frères et le capitaine Nicolas purent être capturés et amenés à l’aga de Chios, qui fit aussitôt décapiter Nicolas devant eux, à cause de son refus d’apostasier.
Les deux frères, jetés en prison pour briser leur résolution, demeurèrent inébranlables malgré les promesses flatteuses des Turcs et furent à leur tour condamnés à être décapités. Ils annoncèrent la sentence avec joie à leurs compagnons de captivité, écrivirent leur confession de foi à l’évêque du lieu, qui leur fit parvenir ses encouragements et la sainte Eucharistie par l’épouse d’un détenu, et passèrent toute la nuit à chanter la Paraclisis, l’Acathiste et d’autres hymnes à la Mère de Dieu. Après avoir communié au petit matin, ils se laissèrent conduire calmement au lieu de l’exécution; à la vue de l’épée dégainée, Jean prit peur, mais son frère lui rendit courage, et ils continuèrent leur chemin en criant à la foule: «Nous sommes chrétiens, et c’est pour le Christ que nous allons à la mort!» Puis ils eurent la tête tranchée; leurs corps, jetés à la mer, furent recueillis quelques jours plus tard par de pieux chrétiens.