”Après le décès de notre saint et glorieux Père Jean Chrysostome en exil à Comane, en Cappadoce (407), son corps fut déposé auprès de ceux des saints martyrs Basilisque et Lucien, comme ces derniers le lui avaient révélé en songe. Un an plus tard moururent l’empereur Arcade et son épouse Eudoxie, responsable de l’exil du saint, et Théodose le Jeune leur succéda. Peu à peu, on rétablit sur leurs sièges les partisans du saint que l’on avait exilés; mais certains évêques malveillants, menés par Théophile d’Alexandrie, poursuivaient encore sa mémoire de leur haine, et la division dura jusqu’à l’élection de saint Proclus sur le trône de Constantinople. La quatrième année de son épiscopat (438), celui-ci obtint de l’empereur le transfert des reliques de Comane à la capitale; mais saint Jean, toujours soucieux d’inculquer au souverain le repentir et l’humilité, refusa d’abord de laisser déplacer son corps: tous les efforts des soldats restaient vains, le cercueil demeurant comme scellé au sol. Comprenant le message, Théodose écrivit alors une lettre suppliante, demandant pardon pour la persécution menée par son père et priant le saint de revenir réjouir le cœur des fidèles; à peine la lettre posée sur la poitrine du saint, le cercueil se laissa déplacer sans peine et fut porté en grande pompe vers Constantinople.

Quand le cortège parvint à Chalcédoine, le peuple couvrit le bras de mer qui sépare cette ville de la capitale de tant de barques pavoisées et de flambeaux qu’il semblait changé en terre ferme. Mais une tempête soudaine dispersa la flotte, et le navire impérial, portant la précieuse relique, alla s’échouer tout près de la propriété d’une veuve nommée Callitrope, dont l’impératrice Eudoxie avait jadis voulu injustement s’emparer — spoliation qui avait été l’occasion du dernier exil du saint; le champ fut aussitôt rendu à la veuve, et la mer se calma. L’empereur Théodose vint en personne, suivi de tout le Sénat, à la rencontre du saint, et, posant le visage sur la châsse, il implora le pardon des péchés commis contre lui et ses partisans. On déposa d’abord la relique en l’église de l’Apôtre Thomas, où elle fit cesser le tremblement qui agitait depuis vingt ans le tombeau d’Eudoxie; puis on la porta à Sainte-Irène et l’on installa le saint sur le trône épiscopal, tandis que le peuple en liesse criait: «Reprends possession de ton trône, ô Saint!» Enfin, aux Saints-Apôtres, lieu de sépulture des empereurs et des patriarches, lorsqu’on l’eut placé là aussi sur le trône, la voix du saint se fit entendre: «Paix à tous!» On déposa alors la relique sous l’autel, et de nombreux miracles s’accomplirent pendant la liturgie; depuis, les reliques de saint Jean Chrysostome dispersées à travers le monde ne cessent de manifester sa présence paternelle et bienfaisante.