”À l’âge de quinze ans, saint Cyrille se rendit en cachette au monastère de saint Corneille de Komel pour s’y faire moine. Sept ans plus tard, son père, un gentilhomme, visita le monastère et reconnut son fils parmi les moines; mais, loin de le ramener au monde, c’est lui qui se laissa persuader par les exhortations de son fils et devint moine sous le nom de Barsanuphe. Sa mère suivit bientôt ce bon exemple et rendit l’âme à Dieu quelques jours après avoir pris le voile; trois ans plus tard, son père mourut à son tour. «Moi aussi, je suis mortel!» dit alors saint Cyrille, et il redoubla ses labeurs ascétiques, recevant en échange le don des larmes dans la prière.
Dix ans après son entrée au monastère, il obtint la bénédiction de saint Corneille pour vivre en ermite: se nourrissant d’herbes et de champignons, il demeurait dans une stricte retraite, qu’il interrompait parfois pour aller en pèlerinage aux sanctuaires de Novgorod et de Pskov. Au bout de sept années de cette vie solitaire, il bâtit un ermitage sur les rives du Lac-Neuf et y éleva deux petites églises, dédiées l’une à la Résurrection et l’autre à la Mère de Dieu Hodigitria, à l’endroit que la Toute-Sainte lui avait indiqué en vision; peu après, il fut ordonné prêtre. La bonne odeur de ses vertus lui attira une foule croissante de disciples, pour lesquels il fonda un vaste monastère dont il devint l’higoumène.
Sans rien perdre de sa paix intérieure, il gouvernait sa fraternité avec sagesse et charité, s’offrant comme modèle vivant de la parfaite observance: arrivé le premier à l’église et reparti le dernier, ne mangeant que le strict nécessaire, mais prenant part aux travaux les plus pénibles, allant pieds nus et légèrement vêtu, même en plein hiver, fendre le bois et porter l’eau. Un jour que des voleurs avaient dérobé les cloches de l’église, ils se mirent à errer toute la nuit autour du monastère sans pouvoir trouver leur chemin; amenés au matin devant le saint, il leur dit avec douceur: «Mes enfants, personne ne s’est jamais enrichi du bien d’autrui; beaucoup y ont même perdu ce qui leur appartenait», puis il les fit nourrir et les laissa repartir en paix. Il accomplit de nombreuses guérisons, en particulier d’aveugles; et lorsque, le 4 février 1532, il réunit ses moines pour leur recommander de demeurer unis dans l’obéissance et l’amour mutuel, il dit: «Gloire à Dieu pour tout!», puis son visage s’éclaira d’une lumière inhabituelle et il remit son esprit.