”Saint Dimitri devint moine dès sa jeunesse au monastère des saints Boris-et-Gleb, près de Pereyaslav; estimé de tous pour son ascèse et son humilité, il fut jugé digne du sacerdoce. Il rendait de fréquentes visites à saint Serge de Radonège, qui l’instruisait par son expérience dans la science de l’âme et le discernement des passions, puis fonda sur les rives d’un lac, près de Vologda, un monastère cénobitique à l’exemple de la laure de saint Serge. Son caractère doux, la grâce de ses paroles et la bonne odeur de ses vertus attiraient à lui quantité de visiteurs; mais, dissimulant la beauté inhabituelle de son visage sous le voile de son habit, il ne parlait jamais aux femmes. Un jour, l’épouse d’un boïar, mue par la curiosité, parvint à voir le visage du saint, rayonnant de lumière alors qu’il se préparait à la divine Liturgie; elle tomba aussitôt à terre, paralysée, en criant. «Mon enfant, lui dit le saint, pourquoi voulais-tu regarder le visage d’un pécheur depuis longtemps mort au monde?» Puis il l’instruisit, la bénit et la renvoya guérie.
Troublé par l’affluence des visiteurs et fuyant la gloire qui se répandait à son sujet dans toute la Russie, il se retira dans une région plus déserte; mais là encore on vint l’arracher à sa solitude pour le faire higoumène d’un monastère voisin. Ermite comme higoumène, il gardait une abstinence perpétuelle, se nourrissant de prosphores et d’eau, et vivait dans la plus grande pauvreté, portant été comme hiver le même vêtement usé en peau de chèvre. Un jour qu’il travaillait de ses mains avec ses moines, il leur dit soudain: «Frères, nous nous occupons de choses terrestres et périssables, tandis qu’en ce jour le grand-prince Dimitri ne se préoccupe plus de cette vie de vanité!» — et il se mit dès lors à le commémorer parmi les défunts; bien plus tard seulement, on apprit que le prince était mort au jour et à l’heure mêmes où le saint l’avait annoncé.
Ami des déshérités, saint Dimitri nourrissait les pauvres qui se présentaient à son monastère, offrait l’hospitalité aux voyageurs, consolait les affligés, guérissait les malades et exhortait les magistrats à la miséricorde. Une fois, il bénit son frère pour aller commercer avec les païens du Grand Nord; celui-ci en revint enrichi, mais lorsqu’il demanda une seconde bénédiction pour y retourner, le saint la lui refusa: son frère n’obéit pas et fut massacré par les barbares. Vers la fin de ses jours, Dimitri désigna le moine Pachôme pour higoumène et se retira en reclus; le 11 février 1392, un merveilleux parfum d’encens se dégagea de sa cellule, annonçant aux frères son départ pour le ciel. Enseveli dans l’église du monastère, il accomplit ensuite de nombreux miracles, guérissant les maladies — notamment la peste — et mettant en fuite les envahisseurs; et lorsqu’un moine vit en songe une assemblée de saints et entendit une voix lui dire: «Tu cherches Dimitri? Il est maintenant à Kazan!», le grand-prince Jean III remporta ce jour-là même, par l’apparition du saint, une éclatante victoire sur les Tatars près de Kazan.