”Saint Eusèbe vécut aux IVe-Ve siècles sur le mont Coryphée, non loin d’Antioche. Encore jeune, confié à son oncle Marien qui l’initia aux délices de la vie solitaire, il demeura de longues années reclus dans une cellule étroite et sans fenêtre, soumettant son corps à d’extrêmes austérités. Un homme de grande vertu, Ammien, qui avait fondé là un monastère mais refusait par humilité d’en prendre la tête, persuada le saint de quitter sa retraite par obéissance au commandement de l’amour du prochain; sous sa direction, le monastère compta bientôt plus de cent cinquante moines. Ne mangeant que tous les trois ou quatre jours, il prescrivait pourtant à ses disciples de ne jeûner qu’un jour sur deux, mais leur enseignait à garder sans cesse l’esprit en prière. Un jour qu’il s’était laissé distraire de la lecture de l’Écriture pour regarder la campagne, il s’imposa pour le reste de ses jours de ne porter les yeux que sur le petit sentier menant à son oratoire et, pour s’y contraindre, se ceignit d’une ceinture de fer et chargea sa nuque d’une lourde chaîne. À un disciple qui s’étonnait d’une si rude discipline, il expliqua qu’en combattant le démon dans ces petites choses, il l’empêchait de le vaincre dans les grandes: «Car s’il triomphe de moi dans ces menus riens, il n’en saurait tirer d’orgueil, et s’il en est vaincu, il paraîtra incapable de me vaincre». Après de longues années de tels combats menés avec un si grand discernement, il remit en paix son âme au Seigneur.