”Sainte Marcelle, le modèle des veuves chrétiennes, naquit en 330 au sein d’une des plus illustres familles de Rome. Mariée contre son gré, elle resta veuve après sept mois seulement de mariage et décida, malgré les nombreux prétendants attirés par sa beauté et sa noblesse, de suivre l’exemple de la prophétesse Anne de l’Évangile (Luc 2) et de consacrer sa vie à Dieu. Ayant appris de saint Athanase et d’autres clercs d’Alexandrie exilés à Rome à cause de l’arianisme l’admirable mode de vie de saint Antoine, de saint Pachôme et des moines des déserts d’Égypte, elle résolut, la première, de mener une vie ascétique semblable en pleine ville: elle transforma son palais de l’Aventin en un monastère où elle vivait avec d’autres nobles Romaines, vierges et veuves, qui l’avaient prise pour mère spirituelle. Sous son influence, Rome devint comme une seconde Jérusalem, et nombre de palais et de demeures se transformaient en écoles de la vertu.

De santé délicate, Marcelle savait régler son abstinence avec mesure. Dépouillée de tout le superflu, elle distribuait largement ses richesses aux pauvres et ne gardait que le strict nécessaire; fuyant toute distraction mondaine, elle ne sortait que pour prier dans les églises de la ville ou sur le tombeau des martyrs, et passait le reste de son temps à étudier avidement l’Écriture Sainte. Quand saint Jérôme vint à Rome, attirée par sa réputation d’exégète, elle l’invita chez elle et passa avec lui de longs moments à le presser de questions pénétrantes sur les passages les plus difficiles. Elle avait si bien saisi l’esprit du maître qu’elle resta unie à lui, après son départ pour Jérusalem, par une profonde amitié spirituelle, et fut tenue par tous pour l’interprète la plus autorisée de son enseignement.

Lorsque les querelles autour des doctrines d’Origène divisèrent cruellement l’Église, après avoir longtemps gardé le silence, elle se résolut à prendre la défense de l’Orthodoxie et confondit les ruses des hérétiques, tout en gardant douceur et pondération. Retirée à la fin de sa vie dans une de ses propriétés des champs pour y goûter la solitude, elle dut bientôt rentrer à Rome sous la menace de l’invasion gothique. Quand les barbares prirent et pillèrent la ville (410), quelques-uns d’entre eux firent irruption dans sa demeure; elle les reçut avec calme, sans surprise ni frayeur, et, comme ils exigeaient son argent, leur répondit qu’une personne aussi pauvrement vêtue ne pouvait guère être soupçonnée d’en cacher. Ne la croyant pas, ils se jetèrent sur elle et la frappèrent sans pitié ni respect pour son grand âge; mais Marcelle supportait les coups sans une plainte, suppliant seulement ces brutes d’épargner sa fille spirituelle, la vierge Principia. De manière étonnante, les barbares se calmèrent soudain et conduisirent les deux femmes dans l’église de Saint-Paul, où sainte Marcelle remit en paix son âme au Seigneur quelques jours plus tard. En vraie philosophe selon le Saint-Esprit, elle avait fait de chaque instant de sa vie une préparation à la mort, en s’offrant sans cesse à Dieu comme un sacrifice agréable; aussi la mort fut-elle pour elle non une fin redoutée, mais l’entrée bienheureuse dans la vie qu’elle avait tant désirée.