”Au début de sa vie monastique à la laure des Cavernes de Kiev, le jeune moine Nicétas, animé d’un zèle sans discernement, s’enferma seul dans une grotte contre la volonté de son higoumène, saint Nicon. Les anciens, éprouvés dans les combats de l’ascèse, comprirent vite que ce novice s’égarait et priaient avec ferveur pour lui. Un jour, un parfum extraordinaire remplit soudain sa grotte; entendant une voix et se croyant jugé digne d’une révélation divine, Nicétas s’écria: «Seigneur, montre-Toi à moi, pour que je puisse t’adorer face à face!» La voix lui répondit: «Je t’envoie un ange; fais tout ce qu’il te commandera». Le démon lui apparut alors sous l’aspect d’un ange de lumière, et, sans plus ample examen, l’insensé se prosterna devant lui. L’esprit trompeur lui ordonna de cesser de prier, l’assurant qu’il prierait désormais à sa place, et lui recommanda de consacrer tout son temps à la seule lecture de l’Ancien Testament. Le malheureux obéit aveuglément, abandonna la prière et, rassuré par la présence constante de l’ange, se mit à apprendre par cœur l’Ancien Testament.

Bientôt le démon commença à lui révéler des événements lointains, si bien que le reclus semblait prophétiser et qu’une foule de gens du monde accourait pour entendre ses prédictions. Mais les anciens remarquèrent qu’il ne parlait jamais à ses visiteurs du Nouveau Testament; comprenant qu’il avait été abusé par le démon, ils enfoncèrent la porte de sa grotte, chassèrent par leurs prières l’ange trompeur et le contraignirent à sortir. Aussitôt tiré de son illusion, Nicétas se retrouva comme un petit enfant: il avait oublié d’un coup tout l’Ancien Testament et ne savait même plus lire, de sorte qu’il dut tout réapprendre comme un écolier. Revenant ainsi peu à peu à lui-même, il comprit sa faute, en montra un repentir sincère accompagné de larmes abondantes, et se conduisit dès lors avec obéissance et humilité. Il progressa si bien dans les vertus qu’il fut par la suite jugé digne d’être consacré évêque de Novgorod la Grande; et après son bienheureux décès (1108), il continua d’accomplir de nombreux miracles, en particulier la guérison des aveugles.