”Descendante d’une des plus célèbres familles de Rome, sainte Paule naquit en 347 et fut mariée à quinze ans à Toxotius, riche aristocrate païen qui la laissa librement gouverner sa maison d’une manière agréable au Christ. De cette union naquirent cinq enfants: Blésille, Pauline, Eustochie, Rufine et Toxotius. Elle semblait comblée de tous les biens de cette vie quand Dieu lui ouvrit soudain, à trente-deux ans, une voie nouvelle par la mort de son mari. Après bien des larmes, elle résolut de consacrer désormais toute sa vie au service de Dieu et des pauvres, à l’exemple de sainte Marcelle, qui avait fait de son palais de l’Aventin un monastère, modèle de perfection évangélique dans la Rome corrompue. C’est là qu’elle se lia d’amitié spirituelle avec saint Jérôme, venu d’Orient avec Paulin d’Antioche et saint Épiphane de Salamine; en les écoutant raconter la vie des ascètes d’Orient, elle résolut de tout quitter pour aller vivre au désert.
Après le décès subit de Blésille, elle s’embarqua sans un regard en arrière avec sa fille Eustochie et un groupe de vierges; passant par Chypre et Antioche, elle retrouva saint Jérôme, qui la guida pour le reste de son pèlerinage. À Jérusalem, elle refusa les honneurs que lui réservait le proconsul, choisit une humble demeure et visita les Lieux saints en versant des larmes, parcourant toute la Terre Sainte et les déserts d’Égypte. Revenue au bout d’un an à Bethléem, elle fonda près de la Grotte de la Nativité un monastère de femmes — divisé en trois groupes selon l’origine et la formation, réunis seulement pour la prière liturgique — et un monastère d’hommes pour saint Jérôme. On y chantait chaque jour le Psautier entier, su par cœur; Paule elle-même apprit l’hébreu et s’attachait, sous la direction de Jérôme, à interpréter spirituellement les passages les plus obscurs. Modèle vivant de toutes les vertus, elle ne connaissait d’excès que dans l’aumône: elle se ruinait et s’endettait pour ne renvoyer personne nu ni affamé, et répondait à ceux qui lui reprochaient ses austérités: «Autrefois je prenais grand soin de plaire à mon mari et au monde en fardant mon visage; je désire maintenant plaire au Christ en affligeant ce corps qui a vécu dans les délices».
Calomniée par les partisans d’Origène, qui la haïssaient à cause de son amitié avec leur adversaire Jérôme, elle exhortait au contraire le bouillant Jérôme à la douceur et à la magnanimité, à l’exemple du Sauveur face à ses ennemis. Cruellement éprouvée dans son cœur de mère par la perte de deux autres de ses enfants, Pauline et Toxotius, elle connut dans ses dernières années le martyre quotidien de la maladie, qu’elle supportait avec une patience admirable, assistée à chaque instant par la douce Eustochie. Alors qu’un souffle de vie à peine la retenait encore, elle murmurait sans cesse: «Seigneur, j’ai aimé la beauté de ta demeure et le lieu où réside ta gloire; mon âme soupire et languit après les parvis du Seigneur» (Ps. 25, 8; 83, 3). Après avoir consolé ses filles et la foule des évêques, moines et prêtres accourus de toute la Palestine, une clarté soudaine illumina son visage: elle se tendit pour écouter le Christ lui dire: «Lève-toi, ma bien-aimée; viens, ma colombe, car l’hiver est passé!» (Cant. 2, 10-11), et lui répondit avec joie: «Le temps de la moisson est arrivé; je crois voir les biens du Seigneur dans la Terre des vivants», puis elle rendit l’âme. Elle était âgée de cinquante-six ans (26 janvier 404), et ses funérailles furent un véritable triomphe, rassemblant une foule de moines venus de toutes parts et d’indigents qui pleuraient en elle leur mère et leur providence.