”Saint Ammonas fut disciple de saint Antoine le Grand et lui succéda à la tête des ermites de la montagne extérieure de Pispir, après avoir passé quatorze années à Scété en priant sans relâche le Seigneur de lui accorder la victoire sur la colère; il fut par la suite ordonné évêque, probablement par saint Athanase. Il possédait une telle impassibilité qu’il semblait ignorer l’existence du mal et était incapable de juger quiconque. Des gens vinrent un jour lui demander d’arbitrer leur différend: le saint feignit alors la folie et répondit à une femme qui le traitait de fou: «Sais-tu combien de peine je me suis donné au désert pour acquérir cette folie, et à cause de toi je la perdrais aujourd’hui!» Une autre fois, conduit chez un frère de mauvaise réputation, il s’assit sur le tonneau où était cachée la concubine pendant que les accusateurs fouillaient en vain la cellule, puis prit congé du malheureux en lui disant simplement: «Frère, prends garde à toi-même!»

À qui lui demandait quelles pratiques sont les plus agréables à Dieu, il répondait: «Demeure dans ta cellule, mange un peu chaque jour, et garde toujours en ton cœur la parole du Publicain (Luc 18, 13): ainsi tu seras sauvé». Il enseignait que la crainte de Dieu engendre les gémissements et les larmes, que ceux-ci font naître dans l’âme la joie et la remplissent d’une force divine qui nous établit en compagnie des Anges. On a conservé sous son nom quatorze admirables lettres, où il exhorte ses disciples à tout faire pour recevoir le Saint-Esprit, l’Esprit de vérité et de feu: c’est en empruntant la voie étroite de la vie solitaire et du renoncement à sa volonté propre que l’on découvre cette perle précieuse cachée dans le champ du cœur; et, une fois reçu, le don de l’Esprit croît comme une lumière, à mesure des progrès de l’âme, jusqu’à ce que, devenue parfaite, elle n’ait plus besoin de prier pour elle-même, mais seulement pour le prochain — et cette prière devient alors le soutien du monde.