”Saint Denys naquit de pauvres parents au village de Slatina, en Thessalie. Après la mort des siens, l’adolescent exerça quelque temps les fonctions d’instituteur et de calligraphe; mais, dévoré de zèle pour les choses de Dieu, il gagna le monastère des Météores et devint disciple d’un ancien nommé Sabas. Il portait l’habit depuis peu lorsque, ayant entendu vanter la vie hésychaste des moines de l’Athos, il s’enfuit à l’insu de son ancien et, parvenu à Karyès, se mit sous la conduite d’un staretz réputé pour sa sagesse, Gabriel. Renvoyé d’abord quelque temps dans le monde, jusqu’à ce qu’il atteigne l’âge requis, il reçut ensuite le grand-habit des mains de Gabriel, qui le fit ordonner diacre puis prêtre pour le service du Protaton.
Son zèle pour l’ascèse et son amour de la prière solitaire lui valurent bientôt l’autorisation de se retirer près du monastère de Caracallou, en un lieu froid et dépourvu de toute consolation humaine, où il vécut trois ans de l’Écriture Sainte et de quelques châtaignes, libre de tout souci. Après un pèlerinage en Terre Sainte, où le patriarche Dorothée voulut le retenir pour successeur, il revint agrandir sa modeste chapelle, aidé dans son travail par des Anges. Un brigand qui s’était embusqué pour l’assassiner fut frappé de cécité et ne le vit pas passer; entré dans sa cellule pour la piller, il y trouva le saint, tomba à ses pieds en confessant son dessein et devint moine. Sa renommée s’étant répandue, les moines de Philothéou le prièrent d’en devenir higoumène; il restaura le monastère, mais des moines bulgares, jaloux, complotèrent contre sa vie, et il dut s’enfuir avec quelques disciples à la skite de Bérée.
Là encore, les grâces qui resplendissaient en lui attirèrent les disciples comme le fer vers l’aimant: il reconstruisit l’église du Précurseur, transforma la skite en monastère cénobitique organisé selon la tradition de la Sainte Montagne, et l’endroit devint bientôt une véritable cité monastique. Malgré les constructions et la direction des âmes, Denys poursuivait sa vie d’ascète comme au désert, ne mangeant que quelques fruits, ne portant qu’un seul vêtement, priant sans cesse dans le silence de la nuit, et déployant envers les pauvres une charité sans limite; père de tous, il se faisait à l’imitation du Christ le serviteur de chacun, et parcourait les villages pour enseigner au peuple, souvent dépourvu en ces temps obscurs de la plus élémentaire instruction chrétienne. Lorsqu’il lisait, prêchait ou priait, des larmes coulaient en abondance sur son visage, amenant ceux qui l’approchaient à le suivre comme un véritable prophète de Dieu.
Élu à l’unanimité évêque de Bérée à la mort du titulaire, il demanda un délai puis, assuré par Dieu que telle n’était pas Sa volonté, se cacha et partit chercher une retraite plus reculée. Au pied du mont Olympe, l’antique séjour des dieux, celui qui était devenu en vérité dieu par la Grâce du Saint-Esprit s’établit dans une magnifique vallée et y commença la fondation du monastère de la Sainte-Trinité; mais le gouverneur turc, irrité qu’on eût bâti sans son autorisation, voulut le faire arrêter, et Denys s’enfuit fonder un autre monastère de la Sainte-Trinité, à Sourvia, sur le mont Pélion. La colère divine s’abattit alors sur la région de l’Olympe — sécheresse et grêle ravageant les récoltes —, si bien que les paysans, comprenant que l’exil du saint en était la cause, obtinrent du gouverneur son rappel et toutes facilités pour bâtir son monastère. Tel Moïse, Denys fut dès lors pour de longues années le représentant de Dieu, corrigeant les pécheurs, consolant les affligés, guérissant les malades, chassant les démons et conduisant au ciel tous ceux qui se confiaient à lui. Parvenu à un grand âge, tombé malade lors d’une visite, il obtint de la Mère de Dieu un sursis non pour jouir de ce monde, mais pour transmettre ses derniers enseignements: réunissant ses disciples dans sa grotte, il les exhorta à garder fidèlement la tradition de la Sainte Montagne, la charité fraternelle, la pauvreté, l’obéissance, l’humilité et la prière, puis s’endormit en paix le 23 janvier 1541.