”Saint Isidore, né vers 360, était originaire d’une noble famille d’Alexandrie, apparentée à celle du patriarche Théophile et de son neveu saint Cyrille. Il reçut une excellente éducation, profane et sacrée, dans les écoles de cette métropole de la sagesse antique, et s’attacha avec zèle à la doctrine des Pères qui l’avaient précédé, en particulier de saint Jean Chrysostome, dont il est considéré comme l’un des principaux disciples. Cette connaissance des choses de Dieu lui fit bientôt renoncer aux vains attraits de cette vie passagère: il se retira au monastère de Lychnos, près de Péluse, à l’est du delta du Nil, où l’on suivait la vie cénobitique inaugurée par saint Pachôme; ne portant qu’un rude vêtement de poil et ne vivant, à l’exemple de saint Jean-Baptiste, que d’herbes et de feuilles. Tous le regardaient comme le modèle vivant de la vertu et de la science; aussi fut-il ordonné prêtre et devint-il, dit-on, le supérieur de tous les moines de la région.
Placé sur la montagne comme un luminaire qui répand partout sa lumière, sans craindre les persécutions ni la haine des hommes charnels, saint Isidore dispensa son enseignement avec autorité pendant de longues années, par l’entremise d’innombrables lettres concises et profondes, dont plus de deux mille nous sont conservées. À ses correspondants de toute origine, il résolvait avec pénétration spirituelle les difficultés de l’Écriture, réfutait les interprétations erronées et exposait clairement les mystères de la Sainte Trinité et de l’Incarnation, confondant ariens, nestoriens, sabelliens et autres propagateurs de divisions. Il louait en accents lyriques la grandeur du sacerdoce et blâmait les évêques, prêtres, diacres et moines dont la conduite était indigne de leur vocation; sans égard pour la puissance humaine, il adressait aussi ses remontrances aux magistrats, aux gouvernants et à l’empereur Théodose II lui-même, pour leur rappeler leurs devoirs envers le peuple de Dieu et la sainte Église. Il pourchassait partout le vice et inspirait l’amour de la justice et de la vertu, tranchant avec autorité les affaires de ce monde tout en restant lui-même hors du monde.
Lorsque saint Cyrille, devenu patriarche d’Alexandrie, refusait, à la suite de son fougueux oncle Théophile, de commémorer le nom de saint Jean Chrysostome dans les diptyques de la Liturgie, Isidore lui écrivit avec force pour lui rappeler que Dieu nous enseigne à ne pas juger sur des rumeurs ni des préjugés; et, après cette lettre et une révélation divine, Cyrille rétablit humblement le nom du saint archevêque et devint l’un des plus fervents propagateurs de son culte. Quelques années plus tard (433), voyant Cyrille mettre trop d’âpreté dans sa dispute avec Jean d’Antioche après la condamnation de Nestorius, il l’exhorta encore à de raisonnables concessions pour le bien de la paix: «Comme votre père — puisque vous voulez bien me donner ce nom —, ou plutôt comme votre fils, je vous conjure de mettre un terme à cette dissension». Cette autorité, semblable au zèle des anciens Prophètes, lui valut bien des persécutions, et il fut même, dit-on, exilé de sa solitude; mais il demeurait impassible au sein des tribulations, convaincu que c’est par la souffrance et la Croix que nous acquérons la vie éternelle. C’est dans ces dispositions qu’il accueillit la mort comme une libératrice et le couronnement de ses longs combats, vers l’an 449.
