”Saint Jacques, contemporain et ami de Théodoret de Cyr, son biographe, avait d’abord été formé à la vie ascétique auprès du saint ermite Maron. Après la mort de celui-ci, il entreprit de rivaliser avec les Anges par des combats inouïs, sur une montagne proche de Cyr: n’ayant que le ciel pour toit, exposé à toutes les intempéries et aux regards de tous, sans aucun souci de l’opinion des hommes, il vivait pour Dieu seul dans la prière continuelle, portant au cou, aux reins et aux bras de lourdes chaînes, malgré un corps décharné par le jeûne et la maladie. Un jour qu’il était gravement malade, les chrétiens le portèrent en tumulte dans une église de la cité, et ce n’est qu’à grand-peine que Théodoret put lui faire boire une infusion et accepter quelques soins; à peine remis, le vaillant athlète demanda qu’on le ramène sur le lieu de son ascèse. Souvent il restait prosterné en prière pendant qu’il neigeait, et l’on ne le retrouvait, plusieurs jours après, qu’en dégageant la neige à coups de pelle.

Dès sa jeunesse, le démon l’avait assailli, lui apparaissant sous la forme terrifiante d’un Éthiopien crachant du feu pour l’empêcher de manger et de boire; comme il menaçait un jour de le défigurer et de le rendre odieux à tous, le saint répondit: «Je t’en saurai gré, car en m’isolant ainsi de la vue des hommes, tu me permettras de jouir davantage du souvenir de Dieu», et le démon se retira vaincu. Par de tels combats, assaisonnés d’un sage discernement, il reçut les dons de la grâce: il guérit de nombreux malades, chassa les démons, ressuscita un mort, et sa prière fut le plus efficace auxiliaire de l’évêque Théodoret dans sa lutte contre les hérétiques marcionites qui usaient de magie pour séduire les foules. Comme Théodoret avait fait tailler un tombeau pour son corps, Jacques lui ordonna d’y déposer plutôt les reliques des saints martyrs et de l’ensevelir, lui, dans l’anonymat. Il s’endormit en paix vers 460.