”Les grands-parents de saint Luc, originaires de l’île d’Égine, avaient émigré en Hellade sous la menace des invasions sarrasines et s’étaient établis à Castorion, en Phocide, où naquit le saint en 890, troisième de sept enfants. Dès son plus jeune âge, sans guide ni instruction, il menait spontanément une vie austère, ne se nourrissant que de pain d’orge, de légumes et d’eau, jeûnant le mercredi et le vendredi, et se privant souvent de sa maigre pitance ou de ses vêtements pour les donner aux pauvres, quitte à rentrer nu au logis. À la mort de son père, il s’adonna exclusivement à la vie spirituelle et fit de tels progrès qu’en priant il était élevé au-dessus du sol. Parti un jour vers la Thessalie pour se faire moine, il fut arrêté par des soldats qui le prirent pour un esclave fugitif; comme il répondait candidement que son maître était le Christ, ils le rouèrent de coups et le jetèrent en prison. Revenu chez lui, il obtint finalement de sa mère la permission de suivre deux moines de Rome en route vers Jérusalem, qui le confièrent à un monastère d’Athènes, où il reçut le Petit-Habit à quatorze ans; mais, devant les lamentations de sa mère restée seule, l’higoumène le renvoya chez elle, jusqu’à ce qu’elle l’autorisât à se retirer sur le mont Ioannitza, près d’une chapelle des saints Anargyres Cosme et Damien.
Dans sa pauvre cellule, où il avait creusé une fosse pour garder sans cesse le souvenir de la mort, il passait ses nuits en veille, multipliant les prosternations avec la prière «Seigneur, aie pitié!», et cultivait un petit jardin dont il distribuait les produits; et plus il accablait son corps par les austérités, plus il rayonnait de gaieté et d’amour pour les hommes, et même pour les bêtes sauvages et les serpents venimeux. Deux moines en route pour Rome, voyant en ce jeune ascète de dix-huit ans la conduite d’un moine parfait, le revêtirent du Grand-Habit angélique; il intensifia dès lors sa retraite et ses larmes, et reçut de Dieu le don des miracles et de prophétie, prédisant l’incursion des Bulgares qui ravagèrent la Grèce (917). Comme le diable, pour le perdre, lui avait envoyé trois femmes sous prétexte de confession, puis l’assaillait de pensées impures, il combattit trois jours et trois nuits par les larmes et la prière, jusqu’à ce qu’un Ange lui apparût et lui accordât la grâce de l’impassibilité, de sorte que, tel un ange dans la chair, il ne fut plus jamais troublé.
Après sept ans au mont Ioannitza, la menace bulgare le contraignit de fuir vers une île voisine, puis, les Bulgares y ayant fait irruption, de s’échapper à la nage et de gagner Corinthe. Désireux d’apprendre à lire les saintes Écritures, il fréquenta l’école avec les enfants, mais leur mauvaise conduite lui fit préférer l’ignorance à leur compagnie; il se mit alors au service d’un stylite des environs, qu’il servit dix ans dans l’obéissance, pêchant, portant l’eau et le bois. La paix rétablie sous le roi bulgare Pierre (927), il revint à Ioannitza, où l’archevêque de Corinthe vint le visiter et, édifié par sa pauvreté, lui offrit de l’or; le saint refusa, disant qu’il n’avait pas besoin d’or, mais de prières et d’enseignements. À qui lui demandait pourquoi il ne se rendait pas aux fêtes des monastères, il répondait: «Les fêtes et les hymnes ont pour but de procurer la crainte de Dieu; à quoi serviraient-ils à celui qui l’a déjà acquise par la quiétude et le silence?»
Comme l’affluence des visiteurs troublait son calme, il quitta Ioannitza pour le port de Calamion, puis, chassé par une incursion des Hongrois, pour l’île aride d’Ampélôn, où sa sœur lui apportait du pain qu’il s’empressait de distribuer aux marins de passage; il y endura trois ans la privation du nécessaire et une douloureuse maladie, s’abstenant volontairement du remède qui lui avait été révélé en vision, afin de ne pas être privé des récompenses célestes. Cédant enfin aux instances de ses disciples, il regagna la Phocide, en un lieu retiré et plein de charme nommé Steirion, qu’il transforma en un agréable jardin auprès de son ermitage. Les plus hauts personnages venaient le consulter comme un nouveau prophète: il leur prédisait l’avenir et annonça, vingt ans à l’avance, la reconquête de la Crète sur les Arabes par Nicéphore Phocas (961); averti par une voix divine des razzias des pirates, il prévenait les habitants pour qu’ils se missent à l’abri. La septième année de son séjour à Steirion, il tomba malade et, après avoir embrassé ses disciples et tous ceux qui étaient accourus, rendit paisiblement son âme à Dieu, le 7 février 953. Son tombeau, d’où suintait une huile parfumée, devint la source de nombreuses guérisons, et l’on y bâtit, selon sa prédiction, deux splendides églises et un monastère qui reste jusqu’à nos jours un célèbre lieu de pèlerinage.
