”Saint Macaire le Grand naquit en l’an 300 dans un village du Delta du Nil et exerça d’abord la profession de chamelier. Obéissant à un appel de Dieu, il se retira dans une cellule pour y vaquer à l’ascèse; mais, comme on voulait le faire prêtre, il s’enfuit dans un autre village. Là, une jeune fille devenue enceinte l’accusa faussement de lui avoir fait violence: on le promena par les rues, des casseroles au cou, sous les coups et les injures, sans qu’il dît un mot pour se défendre, acceptant même de travailler davantage pour subvenir aux besoins de la femme et de l’enfant. Quand son innocence éclata et que tout le village voulut lui demander pardon, il s’enfuit pour échapper à la vaine gloire et gagna le désert de Scété, qu’il connaissait pour y avoir jadis exploité le nitre. Âgé de trente ans, il s’y adonna à tous les travaux de l’ascèse, ne mangeant qu’une fois la semaine, dormant à peine assis contre le mur, persévérant dans le silence et la prière du cœur, car, disait-il, «le corps de celui qui purifie sans cesse son âme est consumé par la crainte de Dieu comme le tison par le feu».

Il était si détaché des biens de ce monde que, surprenant un jour un voleur en train de dépouiller sa cellule, il l’aida lui-même à charger son chameau. Il ne se répandait pas en longues prières, mais répétait en tout temps: «Seigneur, comme Tu le veux et Tu le sais, aie pitié!» À quelqu’un qui lui demandait comment se sauver, il ordonna d’aller au cimetière injurier les morts, puis les louer; et, à son retour, il lui dit: «Vois-tu, les morts ne t’ont rien répondu. Toi aussi, si tu veux être sauvé, deviens comme mort, comptant pour rien le mépris des hommes comme leurs louanges».

Furieux de se voir attaqués dans leur séjour même, les démons l’assaillaient de toutes leurs forces, mais le saint les repoussait avec mépris; l’un d’eux lui avoua: «Tout ce que tu fais, je le fais aussi: tu jeûnes, moi aussi; tu veilles, moi je ne dors jamais. Tu ne l’emportes sur moi que par ton humilité; à cause d’elle, je ne puis rien contre toi». Devenu ainsi expert dans la connaissance des démons, il enseignait qu’ils se divisent en deux catégories: ceux qui nous excitent aux passions grossières, et les plus redoutables, qui égarent par l’illusion spirituelle, le blasphème et l’hérésie. On disait de lui qu’il était comme un «dieu terrestre», car, à l’image de Dieu qui protège le monde par sa providence, abba Macaire couvrait les fautes qu’il voyait comme ne les voyant pas et enveloppait tous les hommes de sa charité, priant avec larmes jusque pour les damnés. Un jour qu’il marchait dans le désert, le crâne d’un ancien prêtre des idoles lui adressa la parole: «Chaque fois que tu pries pour ceux qui sont dans les tourments, nous qui sommes plongés dans le feu, la face de l’un collée au dos de l’autre, recevons quelque soulagement en pouvant entrevoir un peu le visage de nos compagnons de malheur».

Saint Macaire rendit visite à saint Antoine le Grand, qui apprécia tant ses vertus qu’il fit de lui l’un de ses disciples et héritiers spirituels. De retour à Scété, il commença à recevoir des disciples toujours pl