”Saint Macédonien avait choisi les sommets des montagnes pour théâtre de ses combats ascétiques et, sans jamais s’arrêter longtemps en un même lieu afin de fuir ceux qui accouraient vers lui, il passa quarante-cinq années sans autre abri qu’une fosse profonde, ni tente ni cabane. Devenu vieux, il consentit sur la prière de ses amis à se bâtir une petite hutte et habita encore vingt-cinq ans des maisonnettes qu’on lui prêtait, de sorte que sa vie ascétique dura en tout soixante-dix ans. Pendant quarante ans, il ne mangea que de l’orge trempée dans l’eau, et ne consentit à y ajouter un peu de pain que lorsque la maladie l’y contraignit. À un noble chasseur qui, l’ayant rencontré dans la montagne, lui demandait à quoi il passait sa vie, l’homme de Dieu répondit: «Comme toi-même tu es venu chasser sur cette montagne, moi aussi j’y chasse mon Dieu: je souhaite Le voir, je désire ardemment Le saisir, et jamais je ne me lasserai d’une chasse si excellente».
Lorsque, au cours d’une émeute, les habitants d’Antioche renversèrent les statues de l’empereur Théodose et de son épouse (387), et que le souverain envoya deux de ses meilleurs généraux pour venger l’affront dans un bain de sang, saint Macédonien descendit de sa montagne, vint trouver les deux officiers et les chargea de dire à l’empereur qu’étant homme lui-même, il ne lui convenait pas de s’irriter sans mesure contre des hommes soumis à la même faiblesse, et que pour la destruction d’images inanimées, il ne fallait pas faire périr des êtres créés à l’image de Dieu. Doté d’une telle science spirituelle, ce saint accomplit aussi quantité de miracles et de guérisons pour la consolation des chrétiens d’Antioche; c’est même grâce à sa prière que naquit son biographe, le célèbre Théodoret («don de Dieu») de Cyr. Il mourut vers 430, et toute la ville d’Antioche célébra ses funérailles en grande pompe.