”Saint Maxime naquit en 580, au sein d’une illustre famille de Constantinople. Doué d’une intelligence exceptionnelle et de rares aptitudes pour les hautes spéculations, il fit de brillantes études et entra dans la carrière politique; l’empereur Héraclius, discernant sa valeur, fit de lui son premier secrétaire. Mais, peu attiré par les honneurs, il y renonça pour se faire moine au monastère de la Mère-de-Dieu de Chryssopolis, près de Constantinople. Admirablement préparé au combat spirituel par la méditation de l’Écriture et l’étude des Pères, il maîtrisait la convoitise par l’ascèse et l’irritation par la douceur et, libérant ainsi son âme de la tyrannie des passions, s’élevait paisiblement vers la contemplation. Dans le silence de sa cellule, il considérait le grand Mystère de notre Salut: poussé par son amour infini des hommes, le Verbe de Dieu a condescendu à s’unir à notre nature, divisée contre elle-même par l’amour égoïste de soi, afin de la ramener à l’unité et d’ouvrir aux hommes la voie de l’union avec Dieu, car Dieu est amour (I Jean 4, 16).
Après une dizaine d’années d’hésychia, il s’installa avec son disciple Anastase au monastère de Saint-Georges, à Cyzique, et composa ses premiers traités ascétiques sur la lutte contre les passions, la prière et la sainte charité. Mais en 626, l’offensive des Avars et des Perses contre Constantinople — repoussée par l’intervention miraculeuse de la Mère de Dieu — dispersa les moines, et un nouveau mode de vie s’ouvrit pour Maxime: l’errance. Il séjourna en Crète, où il affronta des théologiens monophysites, passa en Chypre, puis parvint à Carthage (632), où il se rangea sous la direction spirituelle de saint Sophrone. C’est durant ces années qu’il approfondit, comme nul avant lui, la doctrine de la déification: l’homme, placé par Dieu dans le monde comme le prêtre d’une liturgie cosmique, est appelé à rassembler les raisons (logoi) de tous les êtres pour les offrir au Verbe, leur Principe, et à conduire ainsi l’univers entier à sa perfection dans le Christ.
Pour rétablir l’unité de l’empire et rallier les monophysites, l’empereur Héraclius et le patriarche Serge avaient forgé une formule de compromis, le Monoénergisme — où l’on remplaçait le mot «nature» par celui d’«énergie» —, qui ne fut bientôt qu’un monophysisme déguisé. Cyrus d’Alexandrie signa une pseudo-union (633), et saint Sophrone, devenu patriarche de Jérusalem, fut seul d’abord à défendre les deux natures et les deux énergies du Christ. Quand parut l’Ecthésis (638), qui imposait de confesser une seule volonté dans le Christ (Monothélisme), et que Sophrone mourut la même année, Maxime fut regardé par tous comme le porte-parole le plus autorisé de l’Orthodoxie: comme à l’époque de saint Athanase ou de saint Basile, le soutien de la vraie foi dépendit alors d’un seul homme.
Dans une abondante correspondance et dans des traités d’une profondeur inégalée, Maxime montrait que le Verbe de Dieu, par respect infini pour sa créature, a assumé la nature humaine dans toute son intégrité, sans rien altérer de sa liberté: libre de reculer devant la Passion, Il s’y est soumis volontairement, en tant qu’homme, au dessein divin (Mat. 26, 39), restaurant ainsi la liberté humaine dans son mouvement naturel vers l’union avec Dieu par la charité. Fondant la doctrine de la déification de l’homme sur la théologie de l’Incarnation, il en donna l’exposé le plus complet, qu’il ne resterait plus à saint Jean Damascène qu’à rendre plus accessible pour les générations à venir.
En 645, à Carthage, Maxime confondit dans une dispute publique l’ancien patriarche Pyrrhus, qui reconnut ses erreurs avant de retourner à son vomissement. Lorsque l’empereur Constant II publia le Typos (648), interdisant sous peine de châtiment toute discussion sur les deux volontés et persécutant les Orthodoxes, Maxime rejoignit à Rome le pape saint Martin Ier et inspira le concile du Latran (649), qui condamna le Monothélisme et rejeta l’édit impérial. Irrité, l’empereur fit arrêter le pape malade, le traîna à Constantinople et l’exila à Cherson, où il mourut misérablement (655).
Maxime fut arrêté à son tour, avec son fidèle disciple Anastase et l’apocrisiaire du pape. Accusé tour à tour de trahison politique et d’avoir divisé l’Église, il répondait avec un calme impassible, se déclarant prêt à rompre la communion avec tous les patriarcats et à mourir plutôt que de trahir la foi. Exilé, puis ramené après six ans pour un dernier procès (662), il s’entendit demander: «De quelle Église es-tu donc: de Constantinople, de Rome, d’Antioche, d’Alexandrie, de Jérusalem? Car toutes sont unies à nous». Le Confesseur répondit: «L’Église catholique, c’est la droite et salutaire confession de la foi au Dieu de l’univers». Le tribunal le fit alors flageller et lui trancha les organes de sa confession, la langue et la main droite; on le promena ensanglanté à travers la ville, puis on l’exila au lointain Caucase, à Lazique. C’est là qu’à l’âge de quatre-vingt-deux ans, le 13 août 662, saint Maxime fut définitivement uni au Verbe de Dieu qu’il avait tant aimé. On raconte que chaque nuit trois lampes, symbole de la Sainte Trinité, s’allumaient d’elles-mêmes au-dessus de son tombeau; et sa main droite est aujourd’hui vénérée au monastère de Saint-Paul, au Mont Athos.