”Descendant d’une illustre famille du Péloponnèse, Michel Trivolis naquit à Arta vers 1470. Encore adolescent, il partit pour l’Italie, où des maîtres réputés faisaient subsister la culture hellénique, et y fit de brillantes études classiques; à Florence, il suivit avec enthousiasme le mouvement de rénovation religieuse inspiré par Savonarole, qui se termina tragiquement par l’exécution de ce dernier. Au terme de ses études, il se fit moine, sous le nom de Maxime, au monastère de Vatopédi, sur la Sainte Montagne, où, humble et discret, il consacrait le plus clair de son temps à l’étude et à la méditation.
Au bout de dix ans, il fut envoyé en Russie, sur l’invitation du grand-prince Basile Ivanovitch, avec la mission de traduire en slavon le Psautier et les autres livres ecclésiastiques, dont les versions étaient fort imparfaites: le peuple, plongé dans une grande ignorance à la suite des invasions tatares, «mourait de faim spirituelle». Malgré l’opposition de quelques-uns, il mena son œuvre à si bonne fin qu’on l’obligea à demeurer en Russie pour continuer ses traductions, corriger les livres liturgiques et éclairer le peuple par sa prédication. Cette renommée lui attira la jalousie de certains moines russes.
Mêlé malgré lui à la querelle sur les possessions monastiques, il fut accusé d’avoir participé à un complot contre le prince et condamné pour hérésie par un tribunal ecclésiastique (1525). Au monastère de Volokolamsk où il fut relégué, saint Maxime souffrit cruellement du froid, de la faim et de mille tourments; dépourvu de tout, il écrivait des traités théologiques sur les murs de sa cellule à l’aide d’un charbon de bois. Condamné six ans plus tard, lors d’un nouveau procès, pour avoir défendu la primauté du siège de Constantinople contre les prétentions de Moscou à être la «troisième Rome», il fut mis aux fers à perpétuité dans un monastère de Tver, où il poursuivit néanmoins son œuvre et une vaste correspondance. Transféré vers la fin de sa vie à la Laure de la Trinité-Saint-Serge, il y jouit d’une plus grande liberté et écrivit jusqu’à l’épuisement de ses forces. Il s’endormit dans le Seigneur à l’âge de quatre-vingt-six ans, le 21 janvier 1556. Le plus fécond des écrivains de l’ancienne Russie, il s’opposa en connaissance de cause à l’infiltration de l’humanisme occidental et transmit au peuple russe les trésors de la pensée byzantine; peu après son décès, il fut vénéré comme «illuminateur de la Russie».
