”Notre saint Père Néophyte naquit à Leucara, l’ancienne Amathonte, face au mont Olympe de Chypre, en 1134, à l’époque où l’île était occupée par les Croisés latins. À dix-huit ans, il s’enfuit de la maison paternelle pour échapper au mariage et alla se cacher au monastère de Saint-Jean-Chrysostome, espérant y réaliser le désir de vie solitaire qui couvait en son cœur depuis l’enfance. Mais ses parents éplorés découvrirent sa retraite et le ramenèrent au village pour célébrer les noces; la nuit même, le jeune marié rendit son anneau à son épouse et reprit en hâte le chemin du monastère, où il fut bientôt tonsuré. Après cinq années passées à cultiver les vignes en apprenant le Psautier, et deux ans comme aide-sacristain, n’ayant pu obtenir l’autorisation de vivre en solitaire, il partit en pèlerinage en Terre Sainte pour y chercher un père spirituel; mais telle n’était pas la volonté de Dieu. De retour, comme ses supérieurs refusaient toujours d’approuver son dessein, il partit pour le mont Latros; arrêté en chemin et dépouillé de son argent à Paphos, il comprit que Dieu lui ordonnait par là de ne pas quitter sa patrie, et découvrit bientôt dans les montagnes voisines une caverne suspendue au-dessus d’un ravin escarpé. Il avait alors vingt-cinq ans (1159).
Pendant un an, il aménagea sa grotte, se creusa un tombeau à proximité et commença des combats ascétiques pour soumettre sa chair aux désirs célestes de son esprit. Sa renommée se répandit, et des jeunes gens toujours plus nombreux le suppliaient de les accepter comme disciples; ce n’est qu’après quatre ans de résistance qu’il céda aux instances de l’évêque de Paphos, fut ordonné prêtre et accueillit des disciples, dont il voulut limiter le nombre à dix-huit. Les nouveaux venus creusèrent leurs cellules dans le flanc de la montagne, on bâtit peu à peu une église et des bâtiments communs, et la vingt-quatrième année de la réclusion de Néophyte (1183), le monastère fut achevé et prit le nom de la caverne de son fondateur: l’enklistra, «la réclusion».
Comme les visiteurs affluaient sans cesse, Néophyte se retira dans une caverne plus éloignée qu’il appela la «Nouvelle Sion», et ne descendait plus au monastère que le dimanche et les jours de fête pour célébrer les saints Mystères et livrer à ses disciples les fruits de ses contemplations. Pendant la construction d’une cellule, un rocher se détacha soudain de la montagne, mais, par la grâce de Dieu, au lieu de l’emporter dans le précipice, il s’arrêta sur un pan de son vêtement, le laissant suspendu dans le vide. Saint Néophyte a laissé un grand nombre d’écrits ascétiques, hagiographiques et d’homélies; comme on ignore le jour précis de son trépas (vers 1214), c’est l’anniversaire de ce miracle, le 24 janvier, qui a été consacré en Chypre à sa mémoire.