”Descendant d’une noble famille d’Antioche, saint Théodose abandonna sans hésiter maison, famille et soucis du monde pour acquérir la perle de grand prix promise par le Seigneur, et alla s’installer dans une étroite cahute proche de la mer. Vêtu de poil, il s’était chargé de lourdes masses de fer au cou, aux reins et aux poignets, et avait laissé pousser sa chevelure jusqu’aux pieds, au point de devoir l’attacher autour de ses hanches. Il domptait la concupiscence, la colère, l’orgueil et les autres bêtes sauvages de l’âme en s’adonnant sans relâche à la prière, au chant des hymnes et au travail manuel, afin de subvenir à ses besoins et de soulager ses visiteurs. À ses disciples, toujours plus nombreux à vouloir partager sa vie, il enseignait à joindre les labeurs des mains à l’effort spirituel: «Il serait absurde, disait-il, que les gens du monde, qui se donnent tant de peine pour nourrir femme et enfants, payer leurs impôts et faire l’aumône, soient plus laborieux que nous qui, usant d’une pauvre nourriture et d’un humble vêtement, resterions les bras croisés à profiter du travail des autres.»

Il soutenait aussi ses moines par la puissance de ses miracles. Tel un nouveau Moïse, il frappa un jour de son bâton un rocher escarpé qui dominait le monastère et en fit jaillir une source; sa sainteté était si renommée que les navigateurs en péril apaisaient la tempête en invoquant son nom, et que des barbares isauriens, qui ravageaient la région, repartirent sans causer le moindre dommage à son monastère, demandant au contraire ses prières. Convaincu pourtant, à l’exemple du Seigneur, qu’il ne faut pas s’exposer soi-même aux épreuves, il céda à la requête de l’évêque d’Antioche et regagna sa cité natale, où il attira encore de nombreux disciples avant d’émigrer vers le chœur des Anges (vers 412). Lors de ses funérailles, son corps, paré de ses chaînes de fer comme de couronnes d’or, fut porté en cortège dans toute la ville, puis déposé auprès de celui de saint Aphraate dans le tombeau du saint martyr Julien.