”Né à la même époque à Capersan, un village des rives de l’Euphrate, saint Salaman résolut de consacrer sa vie à Dieu seul. Il s’installa sur l’autre rive du fleuve dans une maisonnette dont il avait bouché portes et fenêtres, passant ainsi toute l’année dans l’obscurité et le silence complet, et ne communiquant avec l’extérieur qu’une fois l’an, par un trou creusé dans le sol pour recevoir sa nourriture. L’évêque de la région, voulant l’ordonner prêtre, fit ouvrir une brèche dans le mur, entra, lui imposa les mains et lui parla longuement; mais le saint, ne montrant ni acquiescement ni résistance, demeura tout à fait silencieux, et l’évêque repartit. Plus tard, les habitants de son village natal forcèrent à leur tour sa retraite pour l’emmener chez eux dans une cellule semblable, sans qu’il dît un mot; puis les gens du premier bourg, furieux d’être privés de lui, détruisirent cette demeure et le ramenèrent dans sa première retraite, sans qu’il marquât jamais la moindre protestation. Il paraissait vraiment mort au monde, l’esprit fixé en permanence en Dieu, et toute sa vie était une silencieuse proclamation de la parole de l’Apôtre: «Je suis crucifié avec le Christ, et ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi» (Gal. 2, 20).