”Notre saint Père Athanase, la colonne de l’Orthodoxie et la lumière de l’univers, naquit de parents pieux en 295, à Alexandrie, juste avant la grande persécution de Dioclétien. Tout enfant, il n’avait de goût que pour les choses de Dieu: un jour qu’il jouait sur la plage à reproduire les offices de l’Église et avait «baptisé» des camarades encore païens, l’évêque Alexandre, ayant remarqué la scène, déclara ce baptême valide et prit le garçon sous sa protection. Pendant ses études, Athanase n’accorda qu’un intérêt mesuré aux sciences profanes, préférant méditer les Écritures, et il séjourna quelque temps au désert auprès de saint Antoine, dont il demeura toute sa vie le fervent disciple. Ordonné diacre, il rédigea ses deux premiers ouvrages, le Traité contre les païens et le Traité sur l’Incarnation du Verbe, où il affirme cette vérité qui sera la raison d’être de tous ses combats: «Le Verbe s’est fait homme pour que nous devenions dieu». Car le Verbe n’est pas une simple créature, mais le propre Fils du Père, Dieu véritable devenu homme pour faire de nous, par notre union à Lui, des participants de la nature divine et des fils adoptifs de Dieu.
À cette époque, un prêtre d’Alexandrie nommé Arius, mettant sa confiance dans la raison plutôt que dans la foi, se mit à enseigner que le Verbe de Dieu n’est pas éternel, qu’Il a été créé dans le temps et n’est Fils de Dieu que par métaphore. Le trouble fut tel que l’empereur Constantin convoqua le premier Concile œcuménique à Nicée (325), où Athanase, accompagnant le vieil archevêque Alexandre, joua un rôle décisif dans la proclamation de la pleine consubstantialité (homoousios) du Fils et du Père. Désormais son nom serait synonyme de la foi de Nicée, de la Foi orthodoxe. À la mort d’Alexandre (326), le peuple le choisit unanimement pour successeur sur le siège de saint Marc. Il s’employa aussitôt à rétablir l’unité de son immense diocèse, divisé par l’arianisme et par le schisme des Mélétiens, parcourant toute l’Égypte jusqu’aux confins de l’Éthiopie pour y prêcher et ordonner des évêques, et visitant les monastères du désert, notamment la grande communauté de saint Pachôme, à qui il conféra le sacerdoce.
Ses adversaires ne tardèrent pas à le couvrir de calomnies: on l’accusa d’avoir imposé un tribut abusif, d’avoir fait briser le calice d’un prêtre mélétien, d’avoir assassiné l’évêque Arsène pour user de sa main coupée dans des rites magiques — accusation qu’Athanase confondit en produisant Arsène vivant. Au concile de Tyr (335), réuni parmi ses ennemis, on présenta même une femme prétendant avoir été outragée par lui; mais lorsque le saint fit avancer un ami à sa place, la misérable, qui n’avait jamais vu Athanase, reconnut en lui son agresseur, dévoilant l’imposture. Comprenant qu’on voulait sa perte, il se déroba et alla demander justice à Constantin; il fut néanmoins exilé à Trêves, en Gaule, tandis qu’on réintégrait Arius dans l’Église. Mais l’hérésiarque fut frappé par la justice divine et périt misérablement, ses entrailles se répandant, la veille même du jour fixé pour sa communion.
À la mort de Constantin (337), Athanase put regagner Alexandrie, où la foule et le clergé l’accueillirent en liesse. Les ariens, loin de se tenir pour battus, firent installer par la force un intrus, Grégoire de Cappadoce, en s’emparant des églises une à une au milieu des émeutes et des massacres; pour ne pas aggraver le mal, le saint se retira à Rome. Le pape Jules l’accueillit avec bienveillance, réunit un concile qui le reconnut seul évêque légitime d’Alexandrie et innocent de toutes les accusations. Pendant cet exil, Athanase continua d’administrer son diocèse par lettres et contribua puissamment à l’essor du monachisme en Occident, en y faisant connaître la vie de saint Antoine et des ascètes d’Égypte.
Le concile de Sardique (343), convoqué pour apaiser le conflit, ne fit qu’éclater au grand jour le schisme entre l’Orient et l’Occident, les évêques orientaux s’obstinant à refuser le mot «consubstantiel» et cristallisant toute leur opposition sur la personne d’Athanase. Ce n’est qu’après la mort de l’intrus, et sur les instances de l’empereur d’Occident et du pape, qu’Athanase put enfin rentrer en Égypte: le 21 octobre 346, après plus de six ans d’exil, une foule immense, accourue de tous les coins du pays avec des rameaux, des chants et des danses, l’accueillit comme le Christ entrant à Jérusalem, car Athanase présent, c’était la paix du Christ rendue à son Église. Pendant une dizaine d’années, le saint évêque put se consacrer à son troupeau, au développement du monachisme et à l’envoi de missionnaires dans des contrées nouvellement converties, tel saint Frumence en Éthiopie.
Cette paix fut éphémère. Devenu seul empereur (353), Constance céda de nouveau aux ariens, contraignit même les évêques d’Occident à souscrire à la déposition d’Athanase (Milan, 355) et exila le pape Libère, le vieil Osius de Cordoue et saint Hilaire de Poitiers. Dans la nuit du 8 février 356, le duc Syrien investit avec cinq mille soldats l’église Saint-Théonas, où le peuple veillait; imperturbable sur sa chaire, Athanase ne consentit à fuir que sur l’insistance de ses fidèles, qui le tirèrent hors de l’église au milieu du carnage. Il vécut alors six années en fugitif, trouvant chez les moines l’hospitalité la plus fidèle et soutenant la vraie foi par quantité d’écrits, tandis qu’à Alexandrie Georges de Cappadoce mettait l’Égypte à feu et à sang. Sous l’apostat Julien, qui tenta de le faire assassiner, le saint échappa une fois encore en remontant le Nil: à des soldats lancés à sa poursuite qui lui criaient «As-tu vu Athanase?», il répondit sans se troubler «Il n’est pas loin, hâtez-vous!», et poursuivit sa route, demeurant en Thébaïde auprès des moines de saint Pachôme jusqu’à la mort de Julien (363). Brièvement rappelé, contraint encore de se cacher quatre mois dans un cimetière sous Valens, il fut enfin réintégré pour de bon (1er février 366). Après tant de luttes, le vieillard put jouir paisiblement de ses dernières années et passa le flambeau de l’Orthodoxie à saint Basile. Cinq fois exilé, ayant passé plus de seize de ses quarante-six années d’épiscopat éloigné de son troupeau, il avait à tout moment demeuré l’évêque, le défenseur irréprochable de la Foi, tout en étant le pasteur humble et doux, l’ami des moines, le père des orphelins et le secours des pauvres. Il remit sa grande âme apostolique au Seigneur le 2 mai 373, à l’âge de soixante-quinze ans, avec la confiance de celui qui a mené jusqu’au bout le bon combat.
Le même jour, l’Église joint à la mémoire de saint Athanase celle de son successeur sur le trône d’Alexandrie, l’ardent saint Cyrille (412-444). Tout comme Athanase avait brillé, seul contre tous, dans la défense de la divinité du Verbe, Cyrille dépensa ses forces pour le dogme de l’Incarnation, contre l’impie Nestorius, montrant que le Verbe de Dieu, consubstantiel au Père, a vraiment assumé en sa propre Personne la nature humaine pour la faire communier à la nature divine. De sorte qu’avec Athanase et Cyrille nous pouvons confesser notre foi en Jésus-Christ, Fils unique et Verbe du Père, l’Un de la Trinité, devenu homme sans changement, connu et adoré en deux natures, divine et humaine, par qui et en qui nous avons accès auprès du Père, dans la Grâce du Saint-Esprit.
