”D’autres saints ascètes menaient une vie angélique près de Raïthou, sur les rives de la mer Rouge, là où les Hébreux, pendant leur marche vers la Terre Promise, avaient trouvé douze sources et soixante-dix palmiers (Exode 15, 27). On y rencontrait des hommes célestes comme Moïse de Pharan, resté soixante-treize ans reclus sans jamais manger de pain, ou Joseph d’Aïla, que le feu divin recouvrait des pieds à la tête lorsqu’il priait. Tous vivaient en paix jusqu’au jour où trois cents Blemmyes, venus d’Éthiopie, abordèrent la région, tuèrent cent quarante-sept chrétiens de Pharan et se précipitèrent comme des fauves sur l’église fortifiée de Raïthou, où les quarante-trois Pères s’étaient réfugiés en confiant leur sort à Dieu. Tandis que les barbares escaladaient la muraille, Paul, le supérieur, encourageait ses moines à mépriser cette vie temporaire et à se réjouir de rejoindre bientôt le chœur des martyrs. À peine avait-il terminé sa prière que les pillards firent irruption: ils saisirent un moine, Jérémie, le traînèrent dans la cour et le percèrent de flèches; puis, comme Paul redisait malgré la torture qu’ils ne possédaient pour toute fortune que leur vêtement usé, ils lui tranchèrent la tête et massacrèrent les autres Pères. Un jeune novice de quinze ans, d’abord épargné, saisit le glaive d’un barbare et en frappa un autre; mis en pièces, il mourut en rendant grâce à Dieu de ne pas l’avoir séparé de ses compagnons. Un seul moine échappa au carnage et porta la nouvelle au mont Sinaï.
En revenant au port, les Blemmyes virent qu’un chrétien avait coupé les amarres de leur navire et l’avait fait échouer sur un rocher. Désormais prisonniers à leur tour, ils mirent à mort tous leurs captifs, femmes et enfants, et incendièrent l’oasis; mais d’autres chrétiens en armes surgirent bientôt et les abattirent jusqu’au dernier.