”Quatrième fils de saint Basile l’Ancien et de sainte Emmélie, et frère cadet de sainte Macrine (mémoire le 19 juillet) et de saint Basile le Grand, saint Grégoire naquit vers 331 à Césarée de Cappadoce. Élevé dans le climat de vertu et de piété créé par tant de saints, il reçut son éducation profane de son père qui était maître de rhétorique, ce qui ne l’empêcha pas d’assimiler de vastes connaissances philosophiques, littéraires et scientifiques et de devenir un des plus grands artisans de la conversion de la culture antique au Christianisme. Baptisé assez jeune et ordonné lecteur, il se destinait à la carrière ecclésiastique quand, changeant brutalement son projet, il s’engagea dans la vie mondaine, devint professeur de rhétorique et épousa la jeune et pieuse Théosébie. Les remontrances de sa sœur Macrine et celles de saint Grégoire le Théologien le décidèrent finalement à rejoindre pour quelque temps saint Basile dans leur retraite d’Annésis, sur les rives de l’Iris. Il put faire là l’expérience des joies de la vie solitaire, du silence et de l’envolée vers Dieu de l’esprit en prière. Basile le chargea bientôt d’écrire un traité sur la Virginité et la perfection chrétienne.
Devenu archevêque de Césarée en 370, saint Basile fit élire Grégoire, malgré sa résistance, comme évêque de la modeste cité de Nysse. Peu fait pour l’administration et trop humble pour résister aux intrigants, il fut rapidement victime des machinations des ariens qui, l’accusant d’ordination irrégulière et de détournement des biens de son église, obtinrent du préfet Démosthène sa déposition et son exil (376). Il ne put regagner son siège que deux ans plus tard, à la mort de Valens (378). Au début de 379, la mort de saint Basile, qu’il avait toujours considéré davantage comme son père selon Dieu que comme son frère selon la chair, fit de lui l’héritier et le successeur du grand hiérarque. Lui, le philosophe, l’homme doux et réservé, s’engagea alors avec fougue dans la lutte dogmatique et imposa rapidement à tous son autorité, grâce à la profondeur de sa réflexion théologique et à la puissance de son éloquence. Il rédigea des ouvrages polémiques contre l’arien Eunome et contre Apollinaire, et prit part en 381 au saint et grand second Concile Œcuménique de Constantinople, au cours duquel il fit triompher la doctrine orthodoxe sur la Sainte Trinité. Salué par les Pères comme la «colonne de l’Orthodoxie» et considéré comme le digne successeur de saint Athanase et de saint Basile, il fut pris par l’empereur Théodose comme conseiller spirituel et chargé de prononcer les oraisons funèbres de l’impératrice et de sa fille (385).
Vers 386, la paix de l’Église étant désormais assurée, et comme il se trouvait délivré de toute attache avec le monde à la suite du décès de sainte Théosébie qui, depuis de longues années, d’épouse était devenue sa sœur et sa compagne spirituelle, saint Grégoire put enfin se consacrer pleinement à la vie spirituelle et à la direction des monastères fondés par saint Basile. Tout comme il avait poursuivi l’œuvre dogmatique de son frère, il paracheva son œuvre monastique en rédigeant des traités mystiques d’une profondeur et d’une beauté croissant à mesure des années (Homélies sur le Cantique des cantiques, Vie de Moïse, Institution Chrétienne). On trouve là un exposé grandiose de la doctrine spirituelle orthodoxe: la théologie mystique par excellence, mise en pratique dans le monachisme, et que Grégoire exprime dans les termes éprouvés par les controverses dogmatiques.
Selon saint Grégoire, l’homme a été créé comme image de Dieu, comme un reflet de Ses perfections et tout spécialement de Sa souveraine liberté. Tombé dans la corruption et revêtu des «tuniques de peaux» de la mortalité et des passions par un mauvais usage de cette liberté, il n’a pu être restauré dans sa condition première et recouvrer sa dignité de prêtre et de roi de la création que par l’Incarnation du Christ. Adhérant par le baptême au Corps du Christ et faisant croître sans cesse la présence en lui du Seigneur, il peut désormais progresser à l’infini dans une union sans confusion avec le Dieu infini, en entraînant avec lui le genre humain et l’univers entier, qu’il transforme en Église. «Ainsi dans l’éternité du siècle sans fin, celui qui court vers Toi devient toujours plus grand et plus haut que lui-même (…); et celui qui monte ne s’arrête jamais d’aller de commencement en commencement par des commencements qui n’ont jamais de fin».
