”Fils d’un illustre patricien de la région de Poitiers, saint Hilaire fut élevé dans le paganisme; mais son âme inquiète, sentant la nécessité d’un Dieu unique et éternel, restait insatisfaite de tous les systèmes qu’on lui proposait. Il reçut les premières lueurs de la Vérité en lisant le témoignage que Dieu se rend à lui-même: «Je suis celui qui suis» (Exode 3, 14). Il progressa encore en reconnaissant que la beauté des créatures rend visible la beauté incompréhensible du Créateur; mais c’est en apprenant que le Verbe et Fils unique de Dieu s’est fait chair pour nous libérer de la mort qu’il parvint, débordant d’allégresse, au terme de sa recherche, embrassa la doctrine de la Sainte Trinité et reçut la nouvelle naissance par le saint baptême. Brûlant d’enthousiasme, il prêchait sans relâche la vraie foi; il convertit son épouse, qui consentit à ne plus l’aimer que comme une fille spirituelle quand il devint prêtre, et persuada sa fille de préférer le mariage mystique avec le Christ à l’union terrestre.
Vers 350, à la mort de l’évêque de Poitiers, les fidèles le choisirent unanimement comme père et pasteur. Quand l’empereur arien Constance prétendit imposer l’hérésie en Occident, Hilaire se dressa pour la défense de la vérité: se concertant avec d’autres évêques, il excommunia ceux qui avaient accepté la déposition de saint Athanase et se rendit auprès de l’empereur pour témoigner de l’attachement de la Gaule au Concile de Nicée. Le tyran punit son audace par le bannissement en Phrygie. «On peut bien exiler les évêques, déclara le saint, mais peut-on exiler la vérité?» Dans son exil, il travailla à la confirmation de la foi en Occident et à la réconciliation des Orientaux divisés. Dans son magistral traité Sur la Trinité (356-359), il fit le premier entrer dans la langue latine les délicatesses de la pensée grecque; de tous les Pères latins, il est celui dont la pensée est la plus proche de celle des Pères grecs. Au concile de Séleucie (359), il demanda d’affronter publiquement les évêques hérétiques; les ariens, effrayés de son influence, n’échappèrent à cette confrontation qu’en obtenant de l’empereur son retour en Gaule.
De retour à Poitiers, où la population lui réserva un accueil triomphal, il répara les ravages de l’arianisme dans son diocèse et dans toute la Gaule, usant d’indulgence pour réconcilier avec l’Église ceux qui étaient tombés. Il alla même jusqu’à Milan combattre l’évêque arien Auxence, mais les hérétiques parvinrent à l’en chasser. Un jour, une femme vint se jeter en larmes à ses pieds, tenant dans ses bras son enfant mort sans baptême; pris de compassion, l’évêque se prosterna en prière, et bientôt l’enfant ouvrit les yeux et revint à la vie. Il aimait à passer quelque temps au monastère de son disciple saint Martin (mémoire le 11 novembre), à Ligugé, partageant le mode de vie des moines et les nourrissant du pain de sa doctrine. Il mourut en paix le 13 janvier 368: peu avant son trépas, une lumière éblouissante avait rempli sa chambre, puis disparut à l’instant même de sa mort. L’un des plus grands Pères de l’Église latine, saint Hilaire a été justement appelé «l’Athanase de l’Occident».