”Saint Théodose, chef et pilote de ceux qui menaient la vie communautaire en Palestine (cénobiarque = «chef des cénobites»), naquit vers 423 dans le village de Garissos, en Cappadoce, de parents pieux et craignant Dieu, qui lui inspirèrent l’amour des saintes vertus. Devenu lecteur dès son jeune âge, il aimait à méditer sur l’histoire d’Abraham, le modèle de tous ceux qui s’exilent par amour du Seigneur (Gen. 12). L’âme brûlante d’une divine ardeur, il décida un jour de prendre la route de Jérusalem. Passant dans la région d’Antioche, il alla prendre la bénédiction de l’illustre saint Syméon le Stylite (mémoire le 1er septembre). Le vieillard le salua de loin, en disant: «Théodose, homme de Dieu, sois le bienvenu!» Il le fit monter en haut de sa colonne, l’embrassa tendrement et lui prédit qu’il deviendrait le pasteur d’un immense troupeau de brebis spirituelles.
Parvenu à Jérusalem, après avoir vénéré les Lieux saints, Théodose se mit à la recherche d’un guide expérimenté et le trouva en la personne d’un vieillard de Cappadoce, nommé Longin. Une fois instruit, par l’obéissance, à ne faire que la volonté de Dieu, il s’installa seul dans une grotte d’une montagne déserte, où, disait-on, les Mages avaient logé après avoir vénéré l’Enfant-Dieu. Tendu avec ardeur vers le ciel, il y purifiait son âme par la mortification, par la station debout durant toute la nuit, soutenu par des cordes suspendues au plafond, et par la prière incessante. Il demeura trente ans sans manger de pain, ne se nourrissant que de dattes, de fèves et de quelques herbes. La renommée de ses combats attira bientôt de nombreux disciples. Il leur enseignait avant tout à tenir devant leurs yeux la pensée de la mort: un jour, il leur fit creuser un vaste sépulcre et leur dit: «Voici votre tombeau, qui de vous veut l’inaugurer?» Un prêtre nommé Basile demanda sa bénédiction pour partir le premier; au quarantième jour il expira en paix. Une veille de Pâques où les frères manquaient de tout, le saint les exhorta à n’espérer qu’en Dieu, et la nuit venue, deux mulets arrivèrent à la porte chargés de provisions qui durèrent jusqu’à la Pentecôte.
La grotte devenue trop étroite, le saint prit un encensoir empli de charbon et s’avança droit devant lui, priant Dieu d’allumer Lui-même l’encens lorsqu’il parviendrait à l’endroit convenable. Le Seigneur accorda ce signe à environ sept kilomètres de Bethléem. On y construisit de vastes bâtiments, avec une hôtellerie pour les moines étrangers, une autre pour les pauvres, un hôpital pour les malades, un hospice pour les vieillards et un asile pour les aliénés. Œil pour les aveugles, pied pour les boiteux, vêtement pour ceux qui étaient nus, le saint se faisait tout pour tous; il soignait lui-même les plaies les plus répugnantes et embrassait les lépreux. La communauté comptait plus de quatre cents moines de nationalités différentes; aussi le saint avait-il fait construire quatre églises, où l’on célébrait l’office en grec, en syriaque, en arménien, et une réservée aux aliénés, tous se réunissant ensuite dans l’église des Grecs pour la sainte Eucharistie. À la mort de Gérontios, il fut élu archimandrite et chef de tous les moines vivant en communauté, tandis que saint Sabas était placé à la tête des ermites; les deux saints, unis par une grande charité, luttèrent de concert contre les hérétiques.
En ce temps-là (513), l’Église était troublée par l’empereur Anastase, qui avait pris la défense des monophysites, ennemis du Concile de Chalcédoine. S’il se laissait par humilité vaincre en toute chose, saint Théodose se montrait intraitable dès qu’il s’agissait de Dieu et des saints dogmes. Il rassembla les habitants des déserts, déclara que le temps était venu pour le «doux de se changer en guerrier» (Joël 3, 11) et écrivit à l’empereur que les moines resteraient fidèles jusqu’au sang à la doctrine des Conciles Œcuméniques. Comme Anastase reprenait ses persécutions, Théodose se rendit à la basilique de la Résurrection et, du haut de l’ambon, s’écria: «Si quelqu’un refuse d’accepter les quatre saints Conciles au même titre que les quatre saints évangiles, qu’il soit anathème!» Envoyé en exil, il put regagner son monastère deux ans plus tard, à l’avènement de Justin Ier, favorable à l’Orthodoxie (518).
La paix rétablie, le bienheureux continua de répandre la bénédiction de Dieu: il guérit des maladies incurables, rendit fécondes des femmes stériles, chassa des nuées de sauterelles, fit venir la pluie et annonça sept ans à l’avance le séisme qui détruisit Antioche (526). Mais, ne comptant pour rien tant de grâces, il s’enfonçait sans cesse dans l’abîme de l’humilité: voyant un jour deux de ses disciples se disputer, il se jeta à leurs pieds et refusa de se relever tant qu’ils ne furent pas réconciliés. Affligé vers la fin de ses jours d’une longue et douloureuse maladie, il supportait tout comme Job, avec action de grâces. Un peu avant son trépas, il exhorta ses moines à la persévérance, leur promit d’intercéder pour son monastère, puis, ayant rassemblé tous les higoumènes de Palestine, il les bénit et remit son âme à Dieu. Il était âgé de 105 ans (529). De toutes ses vertus, trois restèrent à ses disciples comme un vivant héritage: une sévère ascèse jusqu’à la mort, accompagnée d’une foi inébranlable; la miséricorde envers les pauvres et les malades; et l’assiduité continuelle à la prière et à la louange de Dieu.
