”En 454, un moine inconnu venu d’Asie Mineure, se présenta à la porte de l’église de la petite ville d’Astura, située sur les bords du Danube, aux confins de la Pannonie et du Norique (Autriche). Au bout de quelques jours passés dans l’église, il sortit soudain et parcourut la ville, en avertissant le peuple et le clergé que les barbares se préparaient à assiéger la ville et qu’il leur fallait sans retard supplier Dieu, par le jeûne et la pénitence, de venir à leur secours. Le peuple incrédule accueillit ses paroles avec ironie et mépris, aussi, suivant la recommandation du Seigneur à ses Apôtres, Séverin quitta la ville en secouant la poussière de ses pieds (Mat. 10, 14) et gagna le bourg fortifié de Comagène, alors assujetti au contrôle des barbares. Il se rendit à l’église pour faire entendre son avertissement sans succès, jusqu’à ce qu’un vieillard venu d’Astura annonce le pillage de la ville et proclame Séverin son sauveur. Alors, comme les habitants de Ninive à la suite de la prédiction du prophète Jonas, toute la population se mit à implorer la miséricorde de Dieu dans les jeûnes, les exercices de pénitence et les prières. Au bout de trois jours, un tremblement de terre sema la panique chez les barbares, qui prirent la fuite en s’entretuant et laissèrent ainsi la ville libre.
Séverin, le nouveau prophète, alla alors prêcher la pénitence à Favianes et, après la libération de la cité, il se retira à quelque distance pour mener la vie solitaire qu’il désirait. D’une grande austérité, il ne portait en tout qu’une seule tunique, ne rompait le jeûne que le soir venu et pendant le carême ne mangeait qu’une fois par semaine. Des disciples vinrent bientôt se joindre à lui: Romains, indigènes du Norique, barbares convertis, étrangers venus de loin. Il les formait plus par l’exemple que par la parole dans la crainte de Dieu, la piété, la mortification de leur volonté propre, les larmes, la prière et le service de leurs frères, en suivant avec une grande fidélité l’enseignement des saints Pères. D’une charité sans mesure Séverin venait en aide aux pauvres, nombreux en ces temps d’invasions et de famine, rachetait les captifs, soignait les malades, opérait de nombreuses guérisons miraculeuses et, surtout, purifiait les âmes. Pendant trente ans, lui et ses disciples se dépensèrent sans compter pour évangéliser les barbares et améliorer les mœurs des habitants de la région. Habile à résoudre les conflits entre Romains et barbares, il était estimé de tous. Les chefs sanguinaires le respectaient comme un oracle céleste et, sans essayer de convertir à tout prix, il parvenait à attirer à l’Église quantité de convertis, conquis par la paix et la joie que sa présence faisait partout régner.
Ayant toujours refusé d’être consacré évêque afin de préserver sa liberté, il s’endormit dans le Seigneur, le 8 janvier 482, entouré de ses disciples, en entonnant le psaume: «Louez le Seigneur dans Ses saints…» (Ps. 150). Six ans plus tard, au moment d’évacuer le monastère menacé par les barbares, ses disciples trouvèrent son corps incorrompu. La sainte relique fut alors transférée à Naples, en accomplissant de nombreux miracles sur son chemin.