”Née en Cappadoce, fille unique du général Zabullon, parent du saint grand-martyr Georges, sainte Nino vécut sous le règne de saint Constantin le Grand. Élevée dans l’amour de Dieu, elle fut capturée par les Ibères (appelés depuis Géorgiens) et emmenée captive dans leur pays, aux confins du Caucase. Ce peuple encore sauvage se livrait à l’idolâtrie et au culte du feu, mais cela n’empêcha pas sainte Nino de prêcher l’Évangile sans crainte. Parvenue à Mtskhéta, la capitale, elle établit sa demeure dans le jardin royal, au pied d’un cèdre majestueux planté, disait-on, au-dessus de la sépulture d’une Juive convertie, Sidonie, enterrée en serrant dans ses bras la tunique sans couture du Christ. Une nuit, comme elle priait là, elle vit une immense volée d’oiseaux noirs descendre sur le jardin, se baigner dans la rivière et, devenus blancs comme neige, venir se poser sur les branches de l’arbre en remplissant le jardin de leurs chants: c’était le signe de la prochaine conversion des païens et de la construction en ce lieu d’une église.

Il advint que l’enfant d’une noble femme de la cité tomba gravement malade. N’ayant trouvé personne capable de l’aider, la mère désemparée finit par demander le secours de la captive chrétienne. Sainte Nino fit allonger l’enfant sur sa couche et, à peine eut-elle levé les mains vers le ciel, qu’il se leva entièrement guéri, à la stupeur des barbares. La renommée de ce prodige parvint jusqu’à la reine Nana, affligée d’un mal incurable: en désespoir de cause, bien qu’hostile à Nino, elle se fit porter jusqu’à sa hutte. Nino fit sur elle le signe de la Croix, au moyen d’un crucifix de sarments de vigne que lui avait donné la Mère de Dieu, et la reine se releva guérie, proclamant sa foi au Christ. Nino refusa toute récompense, disant que ce miracle n’était pas son œuvre, mais l’action du Christ, Fils de Dieu, qui a pris chair pour délivrer le genre humain de la mort.

En apprenant la guérison de son épouse, le roi Mirian s’émerveilla, mais réagit en sens inverse et voulut même faire disparaître Nino et tous les chrétiens de son royaume. Quelque temps plus tard, comme il chassait dans une forêt profonde, une nuée épaisse tomba soudain sur lui, le plongeant dans une grande frayeur. Comme ses dieux restaient sourds à ses appels, il se tourna finalement vers le Dieu de Nino, retrouva aussitôt la vue et reçut ainsi la lumière de la foi. De retour à la capitale, il se jeta en larmes aux pieds de la captive chrétienne, décida le baptême de tout son peuple et envoya une ambassade auprès de l’empereur saint Constantin pour qu’il lui envoyât un évêque et des prêtres. Sur les conseils de la sainte, il fit construire une église à l’emplacement du cèdre du jardin royal.

Comme la conversion du pays se poursuivait, sainte Nino se retira dans les arides solitudes de l’Aragva, où elle élevait avec larmes de ferventes prières pour la confirmation du peuple dans la foi. De ses larmes jaillit une source miraculeuse qui donnait du lait aux mères qui en manquaient. À la suite de l’apparition d’une immense croix lumineuse dans le ciel au-dessus de l’église de Mtskhéta, elle partit, en compagnie de quelques clercs audacieux, évangéliser les peuplades sauvages des montagnes; par la parole de Dieu et par ses nombreux miracles, elle les convainquit de briser leurs idoles et les fit baptiser. Elle convertit encore la reine Sophie du royaume voisin de Kakhéti, puis, ayant achevé sa mission terrestre, elle se retira dans une hutte et remit en paix son âme à Dieu, entourée du roi, de la cour, du clergé et d’une grande foule accourue en larmes pour assister aux derniers moments de celle qui avait été leur mère dans la foi.