”Né en 512 à Rome, saint Maur appartenait à une riche famille sénatoriale. À l’âge de douze ans, il fut confié aux soins de notre saint Père Benoît, qui organisait alors la vie commune de ses disciples à Subiaco (mémoire le 14 mars). Le garçon progressa si rapidement dans toutes les vertus monastiques que le Maître pouvait le proposer comme exemple d’austérité, de silence et d’assiduité à la prière, et fit de lui son fidèle collaborateur.

Un jour, comme Benoît avait envoyé un autre de ses jeunes disciples, Placide, puiser de l’eau au lac, il reçut la révélation que l’enfant, ayant voulu rattraper son seau, était tombé dans l’eau et risquait de se noyer. Il envoya aussitôt Maur qui, muni de la bénédiction du Père, courut jusqu’au lac, saisit Placide par les cheveux et le ramena sur la rive; en se retournant, il constata avec stupeur qu’il avait marché sur les eaux comme sur la terre ferme. Benoît attribua ce prodige à l’obéissance de son disciple, mais Maur protesta que le mérite en revenait, après Dieu, à la bénédiction du Père. L’enfant Placide trancha la sainte querelle: «Au moment où j’ai été tiré de l’eau, j’ai vu au-dessus de ma tête le manteau de l’abbé, et il me semblait que c’était lui qui me tirait de l’eau».

Par la suite, Maur suivit saint Benoît au Mont-Cassin, collabora à la fondation de ce célèbre monastère et en reçut la direction. Mais, vers la fin de 542, deux messagers de l’évêque du Mans vinrent demander au bienheureux Père d’envoyer quelques-uns de ses moines en Gaule pour y fonder un monastère. Éclairé par une révélation divine, Benoît consentit à se séparer de son fidèle disciple: il lui remit une copie de sa Règle et l’envoya, avec sa bénédiction, répandre en Gaule le mode de vie céleste qu’il avait instauré. Maur et ses compagnons, après bien des péripéties, obtinrent, grâce à la protection du roi d’Austrasie, l’emplacement de Glanfeuil, près de la Loire, où ils construisirent un monastère (552) qui devint le centre d’une vaste extension de la famille bénédictine dans tout le pays. Au bout de trente-huit ans d’un abbatiat illustré par quantité de miracles, saint Maur se retira dans la solitude pour préparer son départ vers le Seigneur. Il mourut en paix, le 15 janvier 584, au moment où la peste emportait un grand nombre de ses disciples.