”Au temps où l’empereur Dèce (vers 250) faisait répandre à flots le sang des martyrs, vivait en Basse-Thébaïde (Égypte) un jeune homme pieux et savant, que la mort de ses parents avait laissé à la tête d’une grande fortune. Pour échapper à la persécution, il se retira dans une maison de campagne; mais l’époux de sa sœur, désirant accaparer tout l’héritage familial, conçut le projet de le livrer aux persécuteurs. Pris de crainte, Paul s’enfuit alors dans le désert, abandonnant tous ses biens. Après une longue marche, il découvrit au pied d’une montagne une caverne merveilleusement cachée, qui avait autrefois servi de repaire à des faux-monnayeurs: un vaste palmier y offrait ses fruits et son ombrage, et une source, l’eau claire nécessaire à la vie. Il s’installa dans ce petit paradis offert par Dieu, et y passa toute sa vie dans le silence et la prière.
Au bout de longues années (en 342), il vint à la pensée de saint Antoine le Grand, âgé de quatre-vingt-dix ans, que nul autre homme n’avait mené sur la terre une vie si parfaitement consacrée à Dieu. La nuit suivante, il fut averti en songe qu’un autre ermite menait cette vie céleste plus parfaitement encore, dans un autre désert, et avait atteint l’âge de cent treize ans. Le vénérable vieillard prit sans retard son bâton et se mit en marche, s’abandonnant à la Providence; une louve le conduisit finalement jusqu’à la grotte, et il parvint, à force de supplications, à convaincre Paul de lui ouvrir. Les deux vieillards échangèrent un saint baiser, se saluant par leurs propres noms. Au cours de l’entretien, un corbeau vint déposer à leurs pieds un pain frais tout entier, et Paul dit: «Admire la bonté de Dieu: voilà soixante-dix ans que, chaque jour, Il m’envoie par ce corbeau une moitié de pain, et aujourd’hui, à ton arrivée, le Seigneur a doublé la ration». Après cette réfection céleste, ils passèrent la nuit en prière; au matin, Paul confia à Antoine que le Seigneur l’avait envoyé vers lui pour rendre à la terre son pauvre corps, car l’heure de la fin de ses combats approchait.
Antoine, fondant en larmes, le supplia de ne pas l’abandonner; mais Paul lui demanda d’aller chercher dans son monastère le manteau que saint Athanase d’Alexandrie lui avait donné, afin de l’ensevelir. Le vieillard de quatre-vingt-dix ans retrouva les forces de sa jeunesse pour faire ce voyage en un jour. Comme il revenait, il vit l’âme de saint Paul s’élever dans le ciel au milieu des chœurs des anges, des prophètes et des apôtres, et il s’écria: «Paul, pourquoi m’abandonnes-tu? T’ayant connu si tard, faut-il que tu me quittes si tôt?» Il courut jusqu’à la caverne, où il trouva le saint immobile, comme en prière. Aidé providentiellement par deux lions qui vinrent creuser une fosse de leurs griffes, il déposa dans la terre le corps du premier ermite; puis, afin de ne pas être privé de la grâce qui avait rempli le saint, il emporta la tunique que Paul avait confectionnée de feuilles de palmier, et la revêtait aux grandes solennités de Pâques et de la Pentecôte.
