”Notre saint Père Sabas, le saint le plus cher au cœur du peuple serbe, naquit en 1169. Troisième fils du grand-prince de Serbie, le pieux Étienne Némanja, il reçut au saint baptême le nom de Radko (Rastislav). Ayant grandi dans la crainte de Dieu, il fut chargé à l’âge de quinze ans du gouvernement de l’Herzégovine; mais, peu attiré par la gloire de ce monde, il brûlait de jour en jour davantage d’amour divin. Lorsqu’une délégation de moines serbes du Mont Athos, conduite par un staretz russe, vint à la cour, Radko écouta avec avidité les récits de l’ancien sur la vie angélique des moines dans le Jardin de la Mère de Dieu. Ses dernières hésitations cédèrent quand le moine lui rappela la parole du Seigneur: «Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi» (Mat. 10, 37). Usant d’une sainte ruse, il demanda à son père sa bénédiction pour aller chasser le cerf et s’élança aussitôt sur les traces du divin Gibier, le Christ.

Arrivé à l’Athos, Radko devint novice au monastère russe de Saint-Pantéléimon, mais il fut bientôt découvert par un envoyé de son père. Là encore, le jeune prince usa de l’astuce du serpent: après le long office, il fit servir à l’envoyé un repas plantureux et profita de son sommeil pour monter au sommet de la tour du monastère et y recevoir le saint habit angélique, changeant son nom pour celui de Sabas. Au matin, les envoyés du roi virent avec stupeur le prince habillé en moine leur jeter du haut de la tour ses cheveux fraîchement coupés, ses vêtements princiers et une lettre de consolation pour ses parents. Sabas devint ensuite moine au prestigieux monastère de Vatopédi, sous la direction de l’ancien Macaire. Son renoncement parfait, son obéissance absolue et son zèle pour le jeûne et la prière lui attirèrent l’admiration de tous les athonites. Il acquit là une profonde connaissance du grec, qui lui permit de traduire en slave et de transmettre à son peuple les richesses de la tradition patristique, liturgique et canonique de l’Église.

Grâce à l’influence de son fils, Étienne Némanja abandonna à son tour la royauté terrestre: il abdiqua en 1196 au profit de son fils Étienne et devint moine au monastère de Studénitsa, sous le nom de Syméon, avant de gagner la Sainte Montagne pour prendre son fils comme guide spirituel. Déjà vieux, il ne pouvait accomplir tous les travaux des moines éprouvés; aussi Sabas redoubla-t-il ses propres combats, prenant sur lui l’ascèse que son père ne pouvait entreprendre. Ensemble, les deux princes-moines fondèrent, avec la protection de l’empereur Alexis III Ange, le monastère de Chilandar, qui allait devenir le centre de la piété et de la culture ecclésiastique serbes. En 1200, saint Syméon mourut, et bientôt son corps commença à exhaler un baume miraculeux. Ayant laissé un higoumène à Chilandar, Sabas réalisa alors le désir de son cœur: vivre seul avec Dieu, dans une cellule près de Karyès.

Pendant ce temps, en Serbie, ses deux frères, les princes Étienne et Vukan, s’affrontaient dans une guerre sanglante. Ils firent appel à Sabas qui, après avoir été ordonné prêtre et élevé à la dignité d’archimandrite à Thessalonique, s’embarqua pour sa patrie avec les reliques miraculeuses de saint Syméon. Grâce à son intervention, les deux princes se réconcilièrent devant le tombeau de leur père, et le peuple serbe put jouir de la paix. Pressé par Étienne et par le peuple, Sabas resta alors en Serbie, devint higoumène de Studénitsa et accomplit de nombreuses œuvres apostoliques: il confirma le peuple dans la foi orthodoxe, combattit les hérésies, fit construire églises et monastères qu’il organisa selon les règles athonites, et fonda le grand monastère de Žiča, futur siège de l’archevêché serbe.

À la suite de la prise de Constantinople par les Croisés (1204), l’empereur latin entreprit d’envahir la Serbie avec l’aide du roi de Hongrie. Réduit à l’extrémité, Étienne se montra prêt à se faire couronner par le pape, reconnaissant ainsi l’autorité de Rome sur l’Église serbe. Désapprouvant de telles concessions, mais sans juger son frère, Sabas préféra se retirer sur la Sainte Montagne (1216). Peu après, le baume de saint Syméon ayant cessé de couler, les Serbes firent appel à l’intercession du saint moine: dès que son disciple Hilaire eut lu devant le tombeau la lettre que Sabas lui avait confiée, le baume jaillit de nouveau à profusion, confirmant que la faveur divine était du côté de Sabas et de l’Orthodoxie.

En 1219, saint Sabas se rendit à Nicée auprès de l’empereur Théodore Ier Lascaris, qui accorda la pleine autonomie à l’Église serbe, à condition qu’il en devînt lui-même le premier archevêque; le jour de sa consécration par le Patriarche Œcuménique, une lumière divine entoura le nouveau hiérarque. De retour en Serbie, il organisa l’Église, ordonna ses meilleurs disciples comme évêques, couronna son frère — désormais connu sous le nom d’Étienne le Premier-Couronné — et parcourut le pays en prêchant la vraie foi. Après bien des labeurs et un dernier pèlerinage en Terre Sainte, en Égypte, au Sinaï et à Antioche, il remit la direction de l’Église serbe à son disciple saint Arsène. Tombé malade au retour, il se rendit à Tirnovo, en Bulgarie, où il fut accueilli par le roi Asen; épuisé par tant de voyages et de longues années de service, il décéda le 14 janvier 1235, en terminant sa prière comme saint Jean Chrysostome: «Gloire à Dieu pour tout!» Son corps fut d’abord déposé à Tirnovo, puis ramené par le roi Vladislav au monastère de Mileševo. Pendant l’occupation turque, Sinan pacha s’empara des saintes reliques et les fit brûler à Belgrade, le 27 avril 1594; mais, privé de la présence terrestre de son protecteur, le peuple orthodoxe resta invaincu, car saint Sabas ne cesse d’intercéder dans le ciel pour la sauvegarde de l’Église.