”Bien longtemps avant que l’empereur Justinien fasse construire sur les flancs du mont Sinaï le monastère de Sainte-Catherine, de nombreux ascètes vivaient dispersés dans ce désert où jadis Dieu avait éprouvé son peuple. Grandes et admirables étaient les vertus de ces saints moines, devenus semblables aux anges par l’application continuelle à la prière; ils s’abandonnaient en tout à la Providence et restaient exposés sans défense aux pillards qui sillonnaient le désert. Un jour, une troupe de Sarrasins fit halte près de l’église où les Pères se réunissaient chaque dimanche pour les saints Mystères, et leur chef vint à mourir. Furieux, ces barbares massacrèrent sans pitié le supérieur de la communauté, Doulas, et tous les moines des cellules environnantes. Leur sang abreuvait déjà le sol aride lorsqu’une flamme immense, jaillie du sommet du Sinaï, fit apparaître toute la montagne de Dieu comme une colonne de feu et de fumée. Les barbares effrayés s’enfuirent en désordre, laissant derrière eux trente-huit corps de vénérables ascètes affreusement mutilés. Les survivants en trouvèrent deux autres encore vivants: l’un mourut le soir même, et l’autre, nommé Sabas, quoique légèrement blessé, pleurait vers le Seigneur: «Malheur à moi le pécheur, qui reste seul exclu de la béatitude éternelle acquise aujourd’hui par les saints martyrs». Le Seigneur entendit sa prière, et il rendit l’âme, complétant le chœur des quarante saints Pères.