”Succédant à son père Youri Vladimirovitch et las des guerres intestines qui ravageaient la Russie méridionale, saint André se retira dans le pays de Souzdal. Il y fonda la ville de Bogolioubov et embellit celle de Vladimir, qui devint grâce à lui un grand centre spirituel. Puis, après avoir reçu la soumission de Souzdal et celle de Rostov, il érigea son territoire en une archi-principauté. Ayant compris que l’avenir appartenait au Nord, il encouragea la colonisation de la Russie Blanche, fondant des villes dans des lieux encore déserts et attirant dans cette région quantité de saints prêtres et moines qui éduquèrent le peuple dans la piété et firent de la foi le ferment de cet état naissant. En 1169, il fit le siège de Kiev, déposa le grand-prince Mitislav, et inaugura ainsi la primauté de Vladimir sur toute la Russie. Homme d’un caractère souvent emporté, il était cependant pieux et généreux envers les églises, les monastères et les pauvres. Pendant les vingt dernières années de son règne, il fonda plus de trente églises et monastères, qu’il fit richement décorer. Il suivait assidûment les offices ecclésiastiques et rédigea lui-même des prières, notamment l’office liturgique de la fête de la Protection de la Mère de Dieu (cf. 1er oct.).
Il est aussi l’auteur d’une vie des saints Boris et Gleb, auxquels il portait une grande vénération. Ayant supprimé dans sa nouvelle principauté le système des apanages, qui s’était avéré désastreux en Russie du Sud, saint André s’attira la haine farouche de ses boïars et de ses propres frères, qui tramèrent un complot contre lui. À l’aube du 29 juin 1174, les conjurés pénétrèrent de force dans la chambre du prince. André se réveilla en sursaut et constata qu’on lui avait dérobé pendant la nuit l’épée de saint Boris, dont il ne se séparait jamais. Il se défendit cependant vaillamment, seul contre ses agresseurs, mais finalement il s’affaissa, accablé de coups de lance et d’épée, et les meurtriers, le laissant pour mort, quittèrent la pièce. Rassemblant ses forces André se traîna jusqu’au vestibule et se cacha derrière une colonne. Alertés par ses gémissements, les conjurés revinrent sur leurs pas et trouvèrent la chambre vide. Ils suivirent les traces de sang et parvinrent sans peine à la cachette du saint. En les entendant approcher, le prince murmura : « Je te rends grâce, Seigneur, d’avoir humilié mon âme. Maintenant, Seigneur, s’ils versent mon sang, reçois-moi dans le chœur de tes saints martyrs! » Sur ces mots, les conjurés firent leur apparition et achevèrent le prince. Un des serviteurs du saint transporta alors son corps dans un potager, puis à l’église de la Mère de Dieu qu’André avait fondée. Mais les gardiens refusèrent d’en ouvrir les portes, et le corps du prince resta exposé, nu et sanglant, pendant trois jours sous le porche de l’église. Le clergé obtint finalement des conjurés l’autorisation d’ensevelir la dépouille du prince avec dignité dans un monastère, où elle fut découverte incorrompue quelques années plus tard.
