”Fils du voïvode de Moldavie Bogdan II (1449-1451) et neveu d’Alexandre le Bon (1400-1432), saint Étienne monta sur le trône de cette principauté en 1457, à l’époque critique où elle se trouvait constamment menacée par les Hongrois, les Turcs et les Tatares. Pendant les premières années de son règne, il mena des campagnes victorieuses en Transylvanie, repoussa une tentative d’invasion du roi de Hongrie (1467) et chassa de Valachie le voïvode Radu qui s’était allié aux Turcs (1471). Trois ans plus tard, il remporta une glorieuse victoire contre une armée turque de 120.000 hommes avec seulement 40.000 soldats chrétiens. Comme les Ottomans préparaient une nouvelle offensive, celui qu’on appelait “l’athlète du Christ” s’efforça de rassembler une coalition de tous les princes chrétiens, mais il ne fut pas entendu, et les Moldaves durent affronter seuls une gigantesque armée turque de 150.000 hommes, ayant à sa tête le sultan en personne.
Vaincu, Étienne se replia dans une forêt et résista autant que ses forces le lui permirent, puis il alla se réfugier en Pologne, tandis que les Turcs pillaient son royaume. Mais les envahisseurs s’étant assez vite retirés, il put reprendre une grande partie de son territoire en luttant non seulement contre les étrangers mais aussi contre les faux-frères. Pendant les dernières années de son règne, il remporta des victoires successives contre les Turcs, les Polonais et les Hongrois, et réussit à préserver l’intégrité de la principauté orthodoxe de Moldavie. Homme de foi et de grande vaillance, le saint prince ne mettait pas son espérance dans ses propres forces, mais en Dieu, par les prières de son père spirituel, saint Daniel l’Hésychaste (cf. 14 déc.). Pendant quarante-sept années, malgré les épreuves innombrables, il ne cessa de gouverner son peuple avec sagesse, en l’exhortant à l’unité et à la droiture morale pour affronter les ennemis de la foi. S’étant engagé par vœu à faire construire une église ou un monastère chaque fois qu’il remporterait une victoire, il triompha par la puissance de la Croix, et quarante-quatre églises et monastères purent être édifiés, non seulement en Moldavie mais aussi dans les autres principautés roumaines ainsi qu’au Mont Athos : bâtiments d’un goût exquis qui manifestèrent la survie de “Byzance après Byzance”.
Il s’était fait avant tout le défenseur de l’Orthodoxie, et dans la lettre qu’il adressa à tous les gouvernants chrétiens pour les exhorter à s’unir contre la menace musulmane, il déclarait qu’il était prêt à mourir pour la défense de la foi. Il jeûnait et priait lui-même pour le salut de son peuple, et distribuait des aumônes sans compter, surtout en temps de danger. Il avait un tel sens de la justice et de la charité chrétienne qu’il écrivit les paroles suivantes au boïar apostat Michu, un des responsables de l’assassinat de son père : « Je t’ai pardonné et j’ai repoussé toute colère et toute haine de mon cœur… ». La pensée de la mort étant toujours présente à son esprit, saint Étienne accordait peu de prix à la gloire terrestre, pour se tendre tout entier vers les promesses du Royaume des Cieux. Il s’endormit en paix, le 2 juillet 1504, après avoir exhorté ses notables à rester unis pour la défense du pays et le bien du peuple. Ses funérailles eurent lieu en présence d’une foule immense, tout en larmes, au monastère de Putna, l’une de ses principales fondations, où, depuis, une veilleuse brûle sans interruption au-dessus de son tombeau.