”Notre saint Père Juvénal, après avoir reçu une excellente éducation, tant grecque que latine, se retira dans un monastère proche de Jérusalem, où il vécut en paix jusqu’à son élection sur le trône de saint Jacques (422). Tout au long de ses trente-six ans d’épiscopat, reprenant les arguments que son prédécesseur saint Cyrille avait commencé à promouvoir (cf. 18 mars), Juvénal eut pour souci principal de faire reconnaître l’indépendance de son siège ecclésiastique, non pas à cause de son importance numérique mais en tant que Mère des Églises. Réduite à une petite bourgade sans importance après sa destruction par les Romains, Jérusalem, nommé Aelia, était en effet alors soumise ecclésiastiquement à la métropole de Césarée de Palestine, laquelle appartenait à la juridiction d’Antioche. Peu après sa consécration (425), Juvénal commença à manifester cette revendication en ordonnant évêque Pierre, le chef sarrasin converti par saint Euthyme (cf. 20 janv.), car il témoignait une faveur particulière envers ce grand saint et sa Laure. Lors du troisième saint Concile Œcuménique, rassemblé à Éphèse contre Nestorius (cf. 9 sept.), où il se montra un ardent défenseur de la vraie foi, il siégeait en second après saint Cyrille d’Alexandrie, puisque l’évêque de Constantinople, soutenu par l’archevêque Jean d’Antioche, était l’accusé [Sur tous ces événements cf. la notice de S. Cyrille, au 9 juin]; et pendant le bref emprisonnement de Cyrille, il resta le seul chef du parti orthodoxe. La vraie foi ayant été reconnue par l’empereur et Nestorius ayant été déposé, saint Juvénal participa à la consécration de saint Maximien comme archevêque de Constantinople (cf. 21 av.).

Dans les années qui suivirent, il prit une part active à la vie ecclésiastique de la Palestine qui, grâce aux dons considérables de l’impératrice Eudocie — installée définitivement en Terre sainte après la mort de Théodose II — fut ornée de magnifiques sanctuaires et de nombreux monastères. Restant fidèle à la doctrine de saint Cyrille d’Alexandrie sur la Personne du Christ, saint Juvénal se laissa malheureusement entraîner par le successeur de ce dernier, Dioscore, et participa au Brigandage d’Éphèse (449), qui vit l’ignoble condamnation de saint Flavien (cf. 16 fév.) et la réhabilitation de l’hérétique Eutychès. Il y obtint de l’empereur la reconnaissance de sa juridiction sur toute la Palestine, la Phénicie et l’Arabie, au détriment du diocèse d’Antioche. Mais ce fut pour peu de temps, car, aussitôt après leur accession au trône, Pulchérie et Marcien entreprirent avec diligence d’abroger le pseudo-synode d’Éphèse et d’en châtier les responsables. Lors du saint et grand Concile de Chalcédoine (cf. 13 juil.), saint Juvénal, reconnaissant son erreur, passa aussitôt du côté de Rome et Constantinople, avec tous ses suffragants, laissant Dioscore seul accusé. Il donna son accord au Tome de saint Léon et prit part à la commission qui rédigea la confession de foi du Concile, dans l’église de Sainte-Euphémie [Un récit, inséré dans une homélie de S. Jean Damascène sur la Dormition (PG 96, 748), rapporte qu’à la requête de Marcien et Pulchérie, S. Juvénal fit alors transférer à Constantinople le cercueil (appelé “Aghia Soros”) ainsi que les bandelettes funéraires de la Mère de Dieu, qui furent déposés aux Blachernes. Mais il s’agit probablement d’une confusion avec la déposition de la sainte Robe, attestée en 473.] Statuant sur la question des droits du siège de Jérusalem, les Pères lui laissèrent la juridiction sur les trois métropoles de Palestine et restituèrent au siège d’Antioche la Phénicie et l’Arabie. [La Palestine avait été divisée, au début du Ve siècle, en trois provinces : la première, avec Césarée pour métropole, comprenait environ 21 évêchés, la seconde, 11, sous le métropolite de Scythopolis, et la troisième 11 sous celui de Pétra. Ayant lutté toute sa vie pour la reconnaissance de l’indépendance de l’Église de Jérusalem, S. Juvénal ne fut probablement jamais nommé de son vivant “Patriarche”. C’est à la suite du Concile de Chalcédoine, qui accordait à l’évêque de Constantinople la juridiction sur les diocèses de Thrace, d’Asie et du Pont, que ce titre remplaça progressivement (et définitivement à partir de 546) celui d'”exarque” et acquit son sens canonique précis pour désigner un primat indépendant (autocéphale), ayant pouvoir de nommer les évêques et de convoquer des synodes.] Mais en rentrant en Palestine, le saint dut affronter l’opposition violente du peuple et des moines, qui l’accusaient d’avoir trahi la cause de la vraie foi en confessant avec le Concile “deux Christs”.

Dès son arrivée, une ambassade de moines lui proposa de désavouer le concile. Son refus provoqua des menaces de mort, de sorte que l’évêque dut rentrer à Constantinople pour solliciter l’appui de l’empereur. L’opposition tourna à une véritable insurrection, accompagnée d’incendie, de meurtres et d’actes de pillages. On déclara que Juvénal était déposé d’office et le chef des moines fanatiques, un certain Théodose, occupa pendant vingt mois le siège épiscopal, soutenu par l’impératrice Eudocie et la majorité de la population et des moines. Alors que toute la Palestine était ainsi troublée, seule la Laure de saint Euthyme restait un havre d’orthodoxie; mais pressé lui-même par les instances de Théodose, saint Euthyme dut se retirer dans le désert de Rouba. À la demande de Juvénal l’empereur écrivit aux moines une lettre de remontrances, expliquant que le Concile n’avait en rien trahi la foi orthodoxe. Peu après, il publia un décret expulsant tous les évêques nommés par Théodose qui, condamné à mort, s’enfuit en Égypte puis à Antioche. En été 453, saint Juvénal fut réinstallé sur son siège épiscopal, grâce à l’intervention de la force armée. Mais, malgré le soutien des autorités civiles, la situation restait fort précaire, et de nombreux moines se montraient prêts à mourir plutôt que d’accepter la communion avec lui. Ce ne fut qu’au bout de trois ans que la population de Palestine et les moines se soumirent, à l’exemple d’Eudocie qui, s’étant adressée à saint Syméon le Stylite, s’était vue renvoyée aux défenseurs de l’Orthodoxie : saints Euthyme et Juvénal. Le saint évêque obtint de l’empereur l’amnistie pour les révoltés qui avaient fui la Palestine, et c’est en jouissant d’une paix relative, difficilement acquise, qu’il remit son âme à Dieu le 2 juillet 458.