Il a été canonisé par le Patriarcat de Moscou, en 1988, à l’occasion du Millénaire du Baptême de la Russie. Mais il était déjà vénéré comme saint à la Laure de Saint-Serge, avec Daniel le Noir, depuis le XVIe s.
Saint André, le plus grand des saints iconographes, naquit vers 1360. Certains supposent qu’il passa quelque temps à Byzance dans sa jeunesse, mais ce qui est bien établi c’est qu’il fut initié à l’art de l’icône en Russie par Théophane le Grec. Devenu moine au monastère du Sauveur Miséricordieux à Moscou, fondé par saint Andronique (1360), disciple de saint Serge, il vécut aussi à la Laure de la Trinité, sous la direction spirituelle de saint Nicon (cf. 17 nov.), dans l’ombre de saint Serge. Pendant ce séjour, on lui assigna la décoration de l’église de la Sainte-Trinité, en compagnie de son condisciple et frère en Christ, Daniel le Noir. Ils travaillèrent ensemble également à Moscou et décorèrent la cathédrale de la Dormition de Vladimir. Les deux moines iconographes faisaient preuve de tant de zèle pour le jeûne et la prière, qu’ils étaient remplis de grâce divine. Possédés entièrement de l’amour divin, ils tournaient toujours leur esprit et leur pensée vers la lumière divine qui luisait au fond de leur cœur, avec pour seul souci de traduire en couleurs, sur les murs et les planches, les reflets de cette contemplation intérieure. Quand ils n’étaient pas occupés à peindre, le dimanche, ils restaient assis devant les vénérables icônes exécutées par leurs saints prédécesseurs, inondés de joie et de lumière divine. C’est pourquoi le Seigneur les glorifia à leur dernière heure : André s’endormit le premier (vers 1427), puis Daniel étant tombé malade à son tour, vit au moment de quitter cette vie, son compagnon dans une grande gloire, qui l’appelait avec joie vers la félicité éternelle et infinie. Toutes les icônes peintes par saint André sont comblées de grâces, et certaines s’avérèrent miraculeuses, cependant la plus célèbre est sans nul doute celle de la Sainte-Trinité, exécutée pour l’église de la Laure de Saint-Serge, sur ordre de saint Nicon, et que le Concile des Cent-Chapitres proclama le modèle de toute icône orthodoxe (1551).
[Un grand théologien russe, le P. Paul Florensky, a même pu dire : « La Trinité de Roublev existe, donc Dieu existe. » in L’Iconostase, Lausanne, 1992, p. 144. D’après la judicieuse interprétation du P. G. Bunge in Der andere Paraklet, Würzburg 1994, p.103-115, cette icône serait la représentation de la Pentecôte selon l’Évangile de S. Jean (Jn. 14, 16) : Le Fils, au centre, montrant au Père la coupe de son sacrifice, lui demande d’envoyer le Saint-Esprit, non plus comme “puissance” mais comme Personne.] Le saint y dépasse de loin l’évocation de l’apparition des trois Anges à Abraham, et représente, avec un art incomparable et une puissance théologique inégalée, l’amour ineffable qui unit les Personnes divines. Le mouvement circulaire suggéré par l’inclinaison de la tête des Anges et par l’arbre au fond de la scène, ainsi que la perspective inversée, qui tourne son point de fuite vers le spectateur, font du fidèle qui se tient pieusement devant cette “icône des icônes” un participant de ce divin chœur de danse. Il est invité à prendre place à cette table, comme quatrième convive, et à goûter à la coupe délicatement désignée par l’Ange, dans laquelle on distingue un animal immolé, symbole du Banquet eucharistique.
