Les historiens distinguent Isaïe de Scété, mentionné dans les Apophtegmes, d’Isaïe de Gaza, qui vécut un siècle plus tard et qui, ayant quitté Scété pour fuir la bonne renommée, alla s’installer d’abord près d’Eleuthéropolis, puis à Beth Daltha, la patrie de S. Hilarion, près de Gaza, où il mena la vie recluse pendant cinquante ans († 489). Il ne communiquait avec ceux qui venaient lui demander conseils que par l’entremise de son disciple Pierre, comme le feront au siècle suivant SS. Barsanuphe et Jean (cf. 6 fév.). Comme la plupart des moines de Palestine, il refusa d’admettre le Concile de Chalcédoine, moins par conviction monophysite que parce qu’il le considérait comme une innovation. C’est à Isaïe de Gaza qu’on attribue souvent les traités ascétiques, connus sous le titre d’Ascéticon, mais des recherches récentes tendent à le restituer plutôt à Isaïe de Scété, cf. l’introduction à la traduction française parue dans “Spiritualité orientale n° 7 bis”, Abbaye de Bellefontaine, 1985. Il n’est commémoré que dans les églises slaves.
”Égyptien de naissance, ce vénérable Père se retira au désert de Scété, au temps de saint Macaire et saint Poimen. Un jour il demanda à abba Macaire ce que signifiait “fuir les hommes”. L’ancien lui répondit: « C’est de rester assis dans ta cellule et de pleurer tes péchés. » Il appliqua strictement ce précepte, et vécut de longues années dans une sévère réclusion, de sorte qu’il parvint à la plus parfaite paix intérieure, qui lui permettait de guider de nombreuses âmes sur le chemin du salut. On lui attribue un recueil de discours ascétiques d’une grande importance, qui présente les principes de vie des moines au désert de Scété. Instruisant les novices, avec une exquise délicatesse, sur la manière de se conduire avec leurs frères, images de Dieu, il leur disait : « Gardez-vous de faire aucune chose, dont vous savez que, si votre frère l’apprend, il en sera peiné, car on peut, par un seul signe de la tête, nuire à la conscience d’un frère ». Il enseignait au moine à “mourir à tout homme” et à ne critiquer, ou louer, ou regarder les fautes de qui que ce soit, de sorte qu’ayant chassé de son cœur toute pensée d’inimitié, il parvienne au “repos de la cellule” et “se jette devant Dieu en tout temps, avec science, sans se mesurer soi-même”. C’est par la vigilance sur ses pensées, nommée la “méditation secrète”, et par la prière continuelle que le moine pourra parvenir à la vertu éminente du discernement, qui lui permettra de se conduire en tout selon Dieu, et que grandira en lui un ardent désir de Dieu. Par la vie ascétique et le repentir, le moine qui vit en cellule pourra monter “avec” le Christ sur la Croix et remporter ainsi, avec Lui et par Lui, la victoire contre toutes les passions, en retrouvant ainsi la condition glorieuse de la création première. « La croix est la destruction de tout péché, et elle enfante la charité », enseignait abba Isaïe, et c’est la charité qui rend le moine libre, impassible et sans souci à l’égard du monde.